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L’AMAZONE DE CALIFORNIE
EXTRAIT N° 1


La famille Paleyras comportait cinq membres. Le père, Victor, était né en 1826, deux ans après l’avènement du dernier roi absolutiste, Charles X, frère d’un roi auquel on avait coupé la tête trente-trois ans auparavant. Son grand-père, Bastien Paleyras, né en 1760, avait vingt-neuf ans quand avait éclaté une Révolution. Il en avait immédiatement épousé les idées sans toutefois perdre de vue qu’il y avait aussi là l’opportunité de conforter une fortune personnelle qui, comme aurait dit Clément Maraud quelques siècles plus tôt, avait déjà « grosse aposthume ». Hurlant avec les sans-culotte au grand jour, il calculait dans l’ombre et spéculait sans scrupules excessifs sur l’achat et la vente de toutes sortes de choses, particulièrement les denrées alimentaires raréfiées par les crises diverses accompagnant toute révolution qui se respecte. Ce fut ainsi qu’il sauva la mise du baron de Saint-Ménérac, qui n’avait pas vu venir le vent de l’Histoire tant il était soucieux de récupérer sur les tables de jeu royales une fortune déjà par trop évanescente. Comme il ne restait plus à ce brave noble que son château du Bordelais et les terres viticoles qui allaient avec, Bastien se proposa de lui racheter le tout à un prix que le joueur effréné discuta d’autant moins qu’il venait de se rendre compte qu’il était grand temps de plier bagage s’il voulait sauver sa tête. On était en 1794, dans cette période que l’on appela plus tard « la Terreur ».
Bastien ne commit pas l’erreur de s’affubler du titre de noblesse attaché au domaine, comme certains inconscients le firent par ailleurs. Au contraire, il conserva son nom roturier. Bordelais depuis d’innombrables générations, il en avait hérité un goût pour le bon vin et s’attacha à remettre l’exploitation en état, embauchant le meilleur maître de chais de la région.
Tandis que l’on coupait la tête de Maximilien Robespierre, Saint-Just et autres trublions et que la Révolution commençait à s’assagir, Bastien Paleyras travailla à élever le meilleur vin de la région. Puis il utilisa au mieux ses relations pour s’introduire dans les hautes sphères de la politique à une époque où un certain Napoléon Bonaparte songeait de plus en plus à bâtir un empire dont bien évidemment il serait l’empereur. Adroit et fin diplomate, Bastien parvint à s’imposer comme l’un des fournisseurs de la table impériale, tout en restant sagement à l’écart des turpitudes politiques, Austerlitz et Bérésina, Cent-Jours et Restauration. Il mourut en 1821, sous le règne de Louis XVIII, le roi podagre.
Son fils unique, Alfred Paleyras, né au cœur de la Terreur dans le calme du domaine bordelais que son père venait d’acquérir, reprit le flambeau. Il avait épousé par amour une jolie fille de Bordeaux, Marie, qui ne lui donna que deux enfants : Victor, né en 1826, et Ludivine, née en 1828. Malheureusement, la petite Ludivine mourut au cours de l’épidémie de choléra des années 1830.
A travers l’éducation de son père, Victor hérita les idées de la Révolution, notamment un athéisme prononcé et un esprit de libre penseur, ce qui lui valut quelques inimitiés au sein d’une bourgeoisie bordelaise très attachée aux traditions. En compensation, il attira l’attention de la magnifique Isabelle de Romagne, héritière d’une famille de « ci-devant » qui avaient su se préserver des tumultes révolutionnaires en s’exilant le temps qu’il fallait et en revenant un peu plus tard pour profiter des bienfaits de l’Empire. Son père, Pierre de Romagne, plus attiré par l’aventure que par le confort des salons d’un exil doré, avait bourlingué de par le vaste monde dont il avait fait le tour avant de revenir poser ses valises dans son Bordelais natal, où il avait épousé lui aussi une jolie fille qui lui avait donné avec enthousiasme neuf enfants dont Isabelle était la cinquième. Outre cette dernière, trois garçons et deux filles avaient survécu, ce qui était une belle performance pour l’époque. Devenus grands, tous avaient hérité des gènes vagabonds de leur papa, et s’en étaient allés faire fortune aux quatre coins du monde. Seule Isabelle était restée au pays. Sa beauté avait attiré nombre de prétendants, mais un seul avait su trouver grâce à ses yeux. Victor avait épousé Isabelle en 1848.
Tout le monde s’accordait à dire qu’ils formaient un couple superbe. Même si Pierre de Romagne et Alfred Paleyras entretenaient depuis longtemps des rapports d’amitié, l’union de leurs enfants ne fut nullement un mariage arrangé, mais un mariage d’amour. Le premier héritier naquit deux ans plus tard, en 1850, que l’on appela Paul. Un petit Julien le suivit en 1852, puis Isabelle donna naissance en août 1854 aux jumeaux, Ronan et Enora, les deux inséparables. Alfred Paleyras et Pierre de Romagne rejoignirent un monde réputé meilleur la même année, en 1856. Marie, la mère de Victor, mourut de chagrin quelques mois plus tard. A trente ans, Victor se retrouva seul à la tête d’un domaine dont la réputation ne s’était jamais démentie depuis l’Empire. Les vins de Saint-Ménérac continuèrent de ravir les papilles des hauts dignitaires du Second Empire de Napoléon III, suscitant çà et là quelques jalousies de la part d’autres viticulteurs de la région. Ce dont Victor se souciait peu.
Victor était un homme de belle prestance, aux longs cheveux châtains qu’il nouait avec un catogan. Doté d’une force peu commune qu’il avait transmise à ses deux premiers fils, il n’en possédait pas moins un caractère d’une grande douceur, et une propension à se passionner pour tout ce qu’il ne connaissait pas. A quarante-quatre ans en 1870, il conservait encore le visage d’un éternel adolescent que seules quelques petites pattes d’oie venaient trahir, tout en lui donnant du charme. Victor était un incorrigible optimiste, confiant dans la nature humaine, ce qui l’amenait parfois à ne pas voir la rouerie de certains de ses contemporains. En revanche, il possédait une grande faculté d’adaptation qui lui permettait de surmonter ses échecs dont il savait tirer les leçons. On aurait pu prendre son enthousiasme naturel pour de la naïveté. En réalité, il s’agissait d’une forme de sagesse. Victor ne voyait jamais que le bon côté des choses et savait reconstruire avec ce qui restait.
Isabelle avait sans doute été la plus jolie fille de la région lorsqu’elle avait épousé Victor à l’âge de dix-huit ans. Vingt-deux ans plus tard, elle conservait sa beauté et sa sensualité en dépit de ses trois grossesses. Blonde, le regard bleu, à la fois doux et moqueur, elle bénéficiait elle aussi d’un caractère joyeux et optimiste. Mais elle possédait également une lucidité qui l’amenait souvent à tempérer les élans de son homme, parfois incapable de méfiance.
Elevée comme le voulait la tradition dans une institution religieuse – et parce qu’il n’existait pas d’autre écoles pour les jeunes filles –, elle y avait fait preuve d’un esprit peu propice à la manipulation, ce qui lui avait valu de longues séances de punition diverses et variées qui n’avaient pas réussi à entamer sa détermination. Sous ses dehors apparemment dociles, la demoiselle possédait une volonté de fer. En dehors de ses années d’internat, Isabelle avait vécu une enfance particulièrement heureuse au sein d’une famille nombreuse dirigée par un père fantasque qui avait toujours un récit de voyage à raconter, récit qu’il émaillait d’anecdotes pour le moins sujettes à caution, mais qui avaient le don de faire rêver ses enfants et son épouse.
Alfred Paleyras et Pierre de Romagne étant amis, Victor et Isabelle se connaissaient depuis qu’ils étaient enfants. Avec l’accord enthousiaste de leurs parents, ils s’étaient mariés. Il avait vingt-deux ans, elle en avait dix-huit. Après plus de vingt ans de mariage, ils s’entendaient encore comme au premier jour. Même s’ils connaissaient en cette période des jours sombres…

EXTRAIT N°2

Journal d’Enora, 21 mai 1870
Premier jour de traversée…
C’est fait, nous avons quitté Bordeaux. Nous avons suivi la Gironde jusqu’à la pointe de Grave, que nous avons doublée vers midi. Je suis à la proue, en compagnie de Ronan. Il fait un soleil magnifique, éblouissant, presque blanc. Une brume lumineuse nous empêche de voir la côte en direction de Royan. Le capitaine a hissé toutes les voiles afin de profiter d’un vent favorable. Le bateau est rapide. Il s’appelle Poséidon, du nom du dieu grec de la mer. La figure de proue le représente, avec un trident doré dans la main droite. Dès que nous franchissons la pointe, la mer devient plus agitée et, d’après le capitaine, il y a des creux de deux mètres.
Je me sens bizarre. Avant que ce voyage ne devienne réalité, je n’y croyais pas trop. Il me semblait impossible, même si papa ne cessait de nous parler du périple que nous allions faire : le grand paquebot – le plus grand du monde, d’après lui –, avec lequel nous allions gagner l’Amérique, New York, le train que nous allions prendre pendant plus de deux semaines pour aller jusqu’à Sacramento. Le voyage devait durer deux mois. Pour moi qui n’étais jamais allée plus loin que Bordeaux, c’était inimaginable. Le départ était pourtant une évidence. J’avais vu nos meubles disparaître peu à peu, vendus aux plus offrants. Cela m’a fendu le cœur. C’était un peu de ma vie qui s’effaçait chaque jour. Malgré ça, j’avais l’impression qu’il était impensable de quitter notre pays. Lussac, c’était à côté de Saint Ménérac. C’était encore chez moi.
A présent, je regarde l’océan inondé de la lumière de midi, j’entends les voiles qui claquent, les cris des mouettes et des goélands, je reçois les embruns des lames qui viennent frapper l’étrave. J’ai les lèvres mouillées et salées. Parfois, une vague un peu plus forte m’asperge, ce qui fait beaucoup rire Ronan. Il est heureux. Je le sens. Je devrais l’être aussi.
Je ne sais pas ce que je ressens. A la fois un immense soulagement de quitter Saint Ménérac, où je risquais à tout moment de rencontrer Bertrand Montaigu. Mais aussi une tristesse infinie de m’éloigner de cette terre que j’aime par dessus-tout.
Enfin… que j’aimais par-dessus tout. L’autre salaud a brisé quelque chose en moi. Jamais plus je ne pourrai penser à Saint Ménérac comme avant. Toutes les images que j’en garde sont comme froissés, déchirées. Surtout celle de l’étang.
Je l’aimais, cet étang où « ça » a eu lieu. Avec Ronan, nous y avons fait de beaux voyages. Comme dans les romans de Jules Verne. Nous prenions la barque et nous partions pour des destinations inconnues, chaque fois différentes. Cet étang, c’était comme l’Atlantique que nous allons traverser dans quelques jours. Il suffisait de fermer les yeux quand le bateau se trouvait au milieu de l’eau pour se croire en pleine mer. L’autre rive était une terre inconnue peuplée de sauvages. En réalité, elle était couverte de végétation et il était difficile d’y aborder. Mais nous connaissions des endroits secrets où nous allions dévorer notre goûter avec la sensation d’avoir accompli quelque exploit inégalé. Ronan a une imagination débordante. Moi aussi. Nous inventions des histoires qui n’en finissaient pas, chacun rajoutant des éléments. Il nous arrivait même de nous faire peur, tellement nous croyions à ce que nous inventions. A force d’imaginer les bruits inquiétants provoqué par des monstres issus tout droit de notre esprit, nous finissions par nous persuader que ces monstres existaient pour de bon. Alors, nous reprenions la barque et nous ramions aussi vite que possible pour retraverser. Et nous éclations de rire en sautant à terre sur la bonne rive, où nous ne risquions plus rien.
A présent, dans ma mémoire, l’étang est attaché à mon souvenir le plus horrible. Le reste s’est estompé.

Journal d’Enora, 22 mai 1870
Deuxième jour de traversée…
Nous avons doublé cette nuit la pointe sud-ouest du pays de Galles. A présent, nous sommes engagés dans le canal St Georges, ce bras de mer qui sépare l’Irlande de la Grande-Bretagne. Nous serons à Liverpool dans l’après-midi. Les navires sont nombreux, voiliers, bateaux de pêche. Nous avons même croisé un paquebot qui devait mesurer plus de cent mètres de long. Papa dit que le nôtre sera encore plus grand. Je me demande s’il est possible qu’un tel monstre puisse naviguer.
L’air marin me fait du bien. Le vent souffle violemment parfois. Alors, je ferme les yeux et je m’imagine qu’il arrache peu à peu, par lambeaux, le souvenir de cet après-midi atroce. Et même s’il reste, enfoui au fond de moi, une sorte d’abcès qui ne veut pas crever, je me sens mieux.
J’ai décidé de coller les pages qui parlent de « ça ». Ainsi, quand j’ouvrirai mon journal, je ne risquerai plus de tomber sur elles. Je dois absolument enfouir « ça » au plus profond de ma mémoire et ne plus jamais y penser. On ne peut pas se fuir soi-même. Quel que soit le pays où je vivrai désormais, même si j’allais habiter dans l’hémisphère sud, à l’autre bout de la planète, la souillure restera ancrée en moi, inguérissable. Mais je sais que je peux maîtriser ces mauvais souvenirs. Je le vois dans les yeux de Ronan. Il m’a dit que je me remettais à sourire. Et il est certain que ce voyage me réconforte. J’ai la sensation de vivre « pour de vrai » l’un des romans de Jules Verne. Ronan et moi avons lu tous les livres qu’il a publiés.
Je crois que je réapprends à être heureuse.
Sauf que je vomis souvent. Le matin, au réveil, j’ai l’impression que je vais me retourner comme une chaussette. Cela fait déjà quelques jours que ça dure. C’est sans doute la perspective du départ. Paul et Julien ne cessent de se moquer de moi. Ronan leur saute dessus immédiatement pour prendre ma défense, mais cela les fait encore plus rire. Ils disent que si je suis malade pour un voyage aussi court, qu’est-ce que ce sera quand nous traverserons l’Atlantique ?Je me fiche de ce qu’ils peuvent dire. Ils ne sont pas méchants. Tout juste un peu bêtes. Mais ils ne savent pas ce que j’ai subi. Et il est hors de question qu’ils le sachent.

EXTRAIT N° 3


Journal d’Enora, 27 mai 1870
Cette fois, ça y est. Nous sommes en route pour l’Amérique. Je n’arrive pas à y croire. Tout comme je n’arrive pas à croire que j’ai fait la connaissance de monsieur Verne. Il est exactement comme ses livres : passionnant. Et il est sympathique. Ronan n’arrête pas de lui poser des questions. Moi aussi d’ailleurs. Mais il y répond toujours avec gentillesse et compétence. Il connaît bien le Great Eastern.
Hier soir, il a dîné avec nous en compagnie de son ami, le docteur Pitferge. Ils ont parlé de leur premier voyage, il y a trois ans. Le docteur Pitferge est un homme étrange. On a toujours l’impression qu’il espère quelque catastrophe. Je ne sais jamais s’il plaisante ou s’il est sérieux.
La nourriture du restaurant est excellente. La Compagnie des Affréteurs est une société française, et ils ont engagé des chefs français. D’après monsieur Verne, on mange mieux que lors de son premier voyage, où les chefs étaient anglais.
Nos cabines sont confortables. Elles ne sont pas très grandes, mais elles bénéficient de l’éclairage au gaz. C’est le grand luxe. Adélie est satisfaite : le navire ne bouge presque pas. Il faut dire que nous n’avons pas encore affronté le plein océan. Je ne l’ai pas dit à notre brave nourrice, mais d’après le docteur, ce sera bien différent quand nous nous serons éloignés des côtes.
En ce moment, nous longeons les rives de l’Irlande, que l’on appelle aussi Erin. Elle mérite bien son surnom « d’île verte ». Il fait toujours beau, même si nous traversons parfois des zones de brume. Quand la visibilité se réduit, le Great Eastern lance de puissants appels de sirène pour avertir les autres navires. On dirait le mugissement d’un troupeau de mille vaches.

La véritable traversée a commencé. En fin d’après-midi, nous avons doublé la petite île de Cap Clear. C’est la pointe extrême sud-ouest de l’Irlande. Le paquebot file désormais vers le plein océan. La terre, qui n’était plus qu’une ligne un peu plus sombre à l’horizon a définitivement disparu. Parfois, j’ai l’impression que ce n’est pas à moi que cette aventure arrive, que je vis une sorte de rêve éveillé.
Ronan et moi, nous aimons bien nous installer à la proue. De là, on a une vue plongeante sur les flots fendus par l’étrave, quinze mètres plus bas. Souvent des dauphins font la course avec le paquebot. C’est un spectacle dont je ne me lasse pas. J’ai peur qu’ils se fassent écraser par la masse énorme du Great Eastern, mais ils sont plus rapides que lui. Et cela semble beaucoup les amuser.
Quand on regarde vers l’arrière, on a la perspective sur le navire, sur les roufs, les boulevards qui les séparent, sur l’enfilade impressionnante des cheminées et des mâts. Et sur la foule des matelots et des passagers qui grouillent un peu partout. Curieusement, le capitaine n’a pas hissé les voiles. Mais monsieur Verne nous a expliqué que l’on évitait de le faire lorsque les chaudières fonctionnent à plein régime, car elles risqueraient de s’embraser à cause des projections d’escarbilles. C’est déjà arrivé.
Depuis que nous naviguons en haute mer, les vagues se sont creusées. Certaines parviennent à nous asperger. Malgré ça, le bateau bouge à peine. Je ne devrais pas avoir le mal de mer ; pourtant, tous les matins, j’ai envie de vomir. Décidément, je ne suis pas taillée pour devenir une grande aventurière.
Heureusement, le petit déjeuner, le Breakfast, est copieux, et mes nausées passent dans la matinée. Il paraît qu’il vaut mieux avoir le ventre plein pour ne pas souffrir. Alors, je me goinfre de fruits, d’œufs au bacon, de gâteaux. J’ai un appétit féroce. Je crois que je n’ai jamais mangé autant.
Il y a tellement de choses à voir sur ce bateau. Grâce à monsieur Verne, nous avons pu en visiter tous les recoins. Ainsi, nous sommes descendus à la chaufferie où il nous a montré les énormes chaudières. Chacune d’elles présente une dizaine de gueules d’alimentation et il faut sans cesse les charger. Elles font tellement de bruit que l’on ne s’entendait plus parler, même en hurlant très fort. Il faisait une chaleur infernale. Dans un autre compartiment se trouvent les quatre moteurs des roues à aube. Jamais je n’aurais pu imaginer qu’il existât des machines aussi grandes. Les moteurs actionnent de gigantesques vilebrequins qui font tourner l’axe des roues. Chacun d’eux mesure plusieurs mètres de longueur. C’est phénoménal. Il se dégage de ces machines monstrueuses une impression de puissance invincible.
Le Great Eastern bénéficie de trois systèmes de propulsion : les roues à aube, une hélice située à la poupe, et les voiles. Cinq mille quatre cents mètres carrés répartis sur les six mâts. Depuis la proue, chacun de ces mâts porte le nom d’un jour de la semaine, du lundi au samedi. Le troisième est le grand mât. Il s’élève à une hauteur de deux cent sept pieds, ce qui est supérieur à Notre-Dame de Paris. Quant aux cheminées, elles mesurent trente et un mètres, pour un diamètre de deux à la base.


 
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