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LA FILLE DE L’ILE LONGUE
EXTRAITS


EXTRAIT N° 1
Blandine Cavelier avait durement acquis sa liberté. Fille de prostituée et descendante de l’unes de ces femmes que l’on avait « transportées » en Nouvelle-Calédonie dans les années 1870 parce qu’elles avaient eu l’audace de réclamer un peu de justice sociale ou volé un pain pour nourrir leurs enfants, elle n’avait eu d’autre choix que de reprendre l’activité aussi douteuse que pénible de sa mère. Elle en avait souffert au début. Puis la honte s’était diluée dans l’habitude. Quelques années plus tôt, elle avait failli périr sous les coups de son souteneur, une petite frappe qui se vengeait de sa lâcheté naturelle en cognant dur sur les filles qui travaillaient pour lui. Cette fois-là, il l’avait presque laissée pour morte, puis était allé poursuivre ailleurs sa beuverie avec des individus aussi peu recommandables que lui. Blandine, le visage tuméfié, le corps douloureux, avait réussi à se traîner hors de la chambre sordide où elle logeait. Parvenue dans une rue mal éclairée du port, elle avait attiré l’attention d’un marin qui l’avait prise en pitié et l’avait amenée à l’hôpital, où on l’avait immédiatement prise en charge. Un vieux médecin l’avait soignée, puis l’avait confiée aux mains d’un ange. Il n’y avait pas d’autre mot pour désigner la jeune femme qui s’était occupée d’elle pendant les semaines qui avaient suivi, au cours desquelles elle avait réappris à vivre, à respirer, à manger malgré ses dents brisées et ses côtes douloureuses.
L’ange l’avait fait parler. Elle s’était confiée sans crainte, persuadée d’avoir affaire à une envoyée de ce ciel auquel elle s’obstinait à croire malgré la misère de sa condition. Lorsque l’ange lui avait proposé de porter plainte contre son tortionnaire, elle avait d’abord refusé. Elle ne resterait pas toujours à l’abri de cet hôpital où le monstre n’aurait jamais le courage de s’aventurer pour la punir. Mais lorsqu’elle sortirait, il cognerait de plus belle. Et cette fois, il la tuerait. Mais l’ange avait fini par la convaincre qu’on saurait la protéger. Elle avait déposé sa plainte et le monstre avait été arrêté. Il avait avoué avoir tué plusieurs filles dont on avait retrouvé les cadavres dans les eaux du port. La justice l’avait condamné et quelques jours plus tard, on lui avait tranché la tête. Blandine en avait ressenti un immense soulagement, une libération. Elle s’était juré que plus jamais elle ne dépendrait d’un proxénète. Elle avait repris son métier – le seul qu’elle connaissait –, mais elle s’était établie à son compte, travaillant pour une maison où les filles restaient libres. Elle donnait seulement un pourcentage correct à la tenancière du lieu, qui bénéficiait de la protection occulte de la police en échange de quelques menus services. Ainsi Blandine avait-elle trouvé la paix.

Ce matin-là, après nuit aussi éprouvante qu’insipide, elle regagnait à pas fatigués la petite case qu’elle partageait avec une amie, fille de joie comme elle, vers la pointe Denouel, sur la presqu’île de Nouville, qui abritait autrefois le bagne de Nouvelle-Calédonie. Blandine appréciait le calme de cet endroit. C’était un havre de paix qui offrait l’avantage d’être proche du port où elle retrouvait l’essentiel de ses clients. Depuis qu’elle avait obtenu sa liberté, elle s’était constituée une petite clientèle de fidèles qui lui permettait de vivre à l’abri du besoin et hors des griffes des souteneurs. Econome, elle avait réussi à mettre assez de côté pour s’offrir cette petite maison blanche au toit de tuiles rondes, avec un bout de jardin depuis lequel elle bénéficiait d’une vue imprenable sur la baie de la Moselle.
Elle était presque arrivée chez elle lorsqu’elle remarqua sur la grève une masse inanimée qui ressemblait à un corps humain recouvert de boue. Blandine n’était pas d’une nature peureuse. Elle s’approcha, s’attendant déjà à découvrir le cadavre d’une malheureuse prostituée. Les meurtres de filles de joie n’avaient rien d’exceptionnel. Parfois, on retrouvait leur corps, parfois, l’océan gardait ses secrets. Blandine en éprouvait à chaque fois une colère impuissante. Victimes d’un client hargneux pris de boisson ou de leur souteneur, les prostituées n’éveillaient jamais la compassion des foules. Les femmes les détestaient et les hommes les méprisaient, quand bien même ils venaient clandestinement épancher leurs envies ou leurs frustrations en leur compagnie. Mais tout cela devait rester discret, afin que la morale soit sauve.
Depuis son séjour à l’hôpital, Blandine portait toujours, dissimulé contre sa cuisse, un petit poignard dont elle avait appris à se servir, et qui l’avait sauvée plusieurs fois de la violence de certains clients. Depuis que les Américains avaient installé une base militaire sur le Caillou, il fallait quelquefois faire face à des G.I’s incontrôlables, rendus fous par le mauvais alcool et la drogue. Blandine les évitait autant que possible. Mais ce n’était pas toujours facile.
Elle se rendit compte que le corps étendu dans la boue n’était pas celui d’une femme, mais d’un homme. Un homme bien habillé. Un monsieur. Elle s’approcha, tenta de voir son visage… Soudain, elle poussa un cri. Cet homme, elle le connaissait bien. C’était l’un de ses clients.
Albert Delaunay. Mort.

EXTRAIT N° 2
Le lendemain matin, à la demande de son médecin, le docteur Forestier, une ambulance le conduisit à l’hôpital de Nouméa où il reçut immédiatement des soins. Plus tard dans la journée, il reçut la visite du docteur Etienne Carrère. Celui-ci lui adressa un large sourire.
— Rassurez-vous. Ce ne sera pas trop grave si vous faites attention à votre nourriture et si vous prenez du repos. Votre cœur est solide, heureusement. Il a seulement réagi aux chocs terribles que vous avez subis ces derniers temps. Vous devriez pouvoir rentrer chez vous dans quelques jours. Mais je préfère vous garder un peu pour l’instant. Par précaution.
— Je vais donc survivre, répondit Edouard d’une voix désabusée.
— Oh, cela ne fait aucun doute. Votre heure n’a pas encore sonné, mon ami.
Edouard haussa les épaules.
— Elle aurait dû ! Pour ce que l’avenir me réserve à présent… Je me retrouve seul dans cette grande baraque vide.
Un long silence sépara les deux hommes. Puis le docteur Carrère soupira et déclara :
— Vous n’êtes pas seul, Edouard. Et vous le savez très bien.
Edouard se retourna vivement vers lui. Il savait parfaitement à quoi Etienne faisait allusion.
— Je suis seul, Etienne, martela-t-il d’un ton rogue.
— Vous avez une autre fille, Edouard. Même si vous le refusez.
— Foutez-moi la paix avec ça !
— Ne dites pas ça. Que vous le vouliez ou non, Valentine est toujours votre fille.
Edouard voulut se rebeller, mais il était trop las. A l’énoncé du prénom, une foule de souvenirs remontèrent à la surface, un visage, une frimousse aux yeux verts irrésistibles. Les mêmes que sa mère…
— Valentine... commença Etienne.
Edouard le coupa d’un ton furieux :
— Je n’ai pas de fille de ce nom !
— Oh si, insista Carrère en élevant la voix. Et vous devriez y réfléchir sérieusement, car toute cette histoire, tous ces accidents me semblent très louches. Ce sont peut-être des coïncidences, mais il est largement permis d’en douter. Et si ce ne sont pas des coïncidences, vous êtes en danger. Et elle aussi.
Edouard s’apaisa quelque peu et grommela :
— Robert Marescault m’a déjà dit quelque chose de semblable. Il a mené son enquête, mais il n’a pas réussi à me trouver un ennemi assez rancunier pour vouloir exterminer ma famille.
Il pointa un doigt sur le docteur et affirma d’un ton péremptoire :
— Il s’agit donc d’accidents.
— Je n’en mettrais pas ma main au feu.
— Ah bon ? Et pourquoi voudrait-on éliminer les Delaunay ?
— Si je le savais… Mais cela veut dire qu’il faut vous protéger. Et retrouver Valentine pour l’avertir du danger.
Edouard secoua la tête d’un air buté.
— Valentine est morte pour moi.
Le docteur explosa :
— Vous n’êtes qu’une vieille mule, Edouard ! Valentine est la seule enfant qui vous reste. Le moment est peut-être venu de vous réconcilier avec elle.
Edouard haussa les épaules et rétorqua :
— Vous affirmez qu’elle est encore vivante. Mais comment pouvez-vous en être si sûr ? Elle a disparu depuis plus de deux ans. Personne ne sait ce qu’elle est devenue. Elle n’est peut-être même plus en Nouvelle Calédonie.
Il fixa le vieux docteur dans les yeux, fronça les sourcils.
— Vous étiez son ami. Vous avez peut-être une idée de l’endroit où elle se trouve.
Etienne soupira.
— Non. Mais je n’étais pas son seul ami. Vous devriez demander à la petite Maeva. Il est possible qu’elle sache quelque chose.
— Maeva…
Maeva, la cousine de Valentine, la nièce de… Heikura. Le nom remonta douloureusement à la surface de sa mémoire. A la vérité, il ne se passait pas une journée sans qu’il pensât à elle. Malgré les années écoulées, la blessure restait ouverte, douloureuse, brûlante, lancinante. Le visage aimé le hantait encore. Mais la colère reprit le dessus. Il serra les poings et gronda :
— Je ne vois même pas pourquoi je vous écoute. Toutes vos belles paroles sont inutiles. Même si cette catin vit encore quelque part, je n’ai aucune envie de la revoir.
— Mais pourquoi ?
— Parce que je ne peux pas oublier qu’elle a tué sa mère !

EXTRAIT N° 3

Après avoir doublé par le sud le cap de l’île N’Gea, le voilier fit route vers le canal Woodin, laissant à tribord l’île St Ouen. Il remonta ensuite vers le nord-est, passa les îles du Pin pour se diriger vers les îles Loyauté. Le lendemain, après avoir contourné Lifou par l’est, le voilier arriva en vue du village qui servait de chef-lieu aux îles Loyauté : Wé. La couleur de l’eau illuminée par un soleil aveuglant était d’un bleu turquoise extraordinairement pur. Une longue plage de sable blanc prolongeait le petit môle situé à l’est. Des pêcheurs, ayant aperçu le bateau, montèrent dans leurs pirogues pour venir les accueillir. Il était rare de voir un navire de Blanc. Edouard vit arriver des gaillards hirsutes aux visages hilares. Il ne s’était jamais rendu dans les îles Loyauté. Mais si le paradis existait, il devait ressembler à ça. Il était sûr que la plupart des habitants de Lifou devaient ignorer qu’ailleurs, le monde était à feu et à sang.
Il ne fut pas fâché de mettre le pied à terre. Le sol tangua un peu avant qu’il finît par s’habituer à la terre ferme. Une foule de curieux à la peau noire vint les entourer, babillant dans un langage que Maeva elle-même ne comprenait pas.  
— Je suppose que leur « bozou » veut dire bonjour, dit Edouard.
Le géant Mafatu éclata d’un rire joyeux. Il était originaire des îles Loyauté.
— Oui, monsieur Delaunay. Ici, on parle le dehu. C’est une langue facile. Le nom de Lifou est drehu dans la langue locale.
Il prononçait « djehou ». Au-delà de la jetée s’étendait un village de cases typiques surmontées de leur toit conique et planté de la flèche faîtière. Un vieil homme qui devait être le chef de la tribu vint au-devant d’Edouard et le gratifia lui aussi d’un « bozou » solennel. Mais il parlait le français calédonien.
— Sois le bienvenu, patron.
— Merci de ton accueil.
Sur l’ordre d’Edouard, Mafatu présenta un manou, une pièce de tissu de couleur sur lequel il avait disposé de l’argent et quelques paquets de cigarettes. Puis il déclara d’une voix grave :
— Eni a traga troa qëmek !
Ce qui signifiait littéralement : « moi venir pour faire coutume d’arrivée ». Cette coutume consistait à offrir un cadeau à son hôte pour le remercier de l’accueil qui lui était fait. Habitué aux usages des Canaques de la Grande-Terre, Edouard avait tenu à les respecter à Lifou. Le chef prit le tout avec un grand sourire et répéta :
— Sois le bienvenu.
On se mit en route vers la chefferie. Celle-ci, située à côté du temple, était une magnifique case ronde destinée à recevoir les assemblées. Le temple appartenait à l’église protestante. Lifou avait fait l’objet, vers le milieu du dix-neuvième siècle, d’une lutte acharnée entre les catholiques français et un évangéliste protestant nommé Fao, originaire de Rarotonga. Il avait fallu l’intervention des troupes du gouverneur de l’époque pour mettre fin aux conflits qui avaient opposé les clans du sud et du nord de l’île, qui s’étaient ingéniés à reproduire, à quatre siècles de distance, les guerres de religion. Les missions protestantes avaient été acceptées, mais on leur avait imposé la langue française. Cependant, le prosélytisme de Fao avait été tellement efficace que près de neuf habitants de Lifou sur dix appartenaient à la religion réformée. La seule exception était le petit village de Nathalo, au nord de Wé, uniquement habité par des catholiques.
Dans la case de la chefferie, Edouard, Matafu et les notables prirent place sur des nattes. Maeva, en tant que femme, n’avait pas le droit d’assister aux palabres. Après de longs échanges de compliments, Edouard expliqua enfin la raison de sa venue.
— Je suis le père d’une jeune femme métisse qui doit vivre ici, à Lifou.
— A Drehu, précisa Mafatu qui servait de truchement.
— Je voudrais savoir si elle vit encore ici.
Ses hôtes hochèrent la tête puis se concertèrent du regard.
— Quel est son nom ? demanda le vieux chef.
— Valentine Delaunay. Mais elle se fait appeler par son deuxième prénom polynésien, Taïna.
— Taïna, répéta le chef d’un ton neutre.
Nouveau silence et nouveaux regards. Enfin, le chef se décida.
— Elle est bien à Lifou. Mais elle ne vit pas à Wé. Elle reste à Chépénéhé.
— C’est un petit village dans la baie de Santal, sur la côte ouest, indiqua Mafatu à l’intention d’Edouard.
— C’est loin ?
— Il faut une demi-journée de marche.

Il était trop tard pour se mettre en route immédiatement, d’autant plus qu’une telle visite était rare et que leurs hôtes avaient encore mille questions à leur poser. Le soir, les habitants du village se réunirent pour donner une fête en l’honneur des visiteurs de la Grande-Terre. On sortit les costumes colorés et l’on abattit une chèvre et un cochon pour célébrer dignement l’évènement. Au milieu des feux de camp, Edouard dut sacrifier à la coutume et danser le fameux tamouré tahitien, encore plus prisé que le pilou, pourtant considéré comme la danse locale. Il en était de même sur le Caillou.
Les femmes avaient sauté sur l’occasion pour abandonner les tristes « robes mission » imposées par les missionnaires qui leur reprochaient de vivre quasiment nues. Elles avaient revêtu des ceintures de palmes et des coiffures traditionnelles faites de plumes et de feuilles colorées. Vivant en Nouvelle-Calédonie depuis son plus jeune âge, Edouard n’était pas considéré comme un « zoreille » par les autochtones, mais ceux-ci s’amusèrent beaucoup devant les difficultés qu’il éprouvait à comprendre le dehu.
— Heureusement, ta fille Taïna parle couramment notre langue, le rassura le chef Raiamano.
— Sais-tu pourquoi elle est venue s’installer à Lifou ? A Nouméa, elle travaillait à l’hôpital avec un grand professeur.
— Va savoir ce qui peut passer par la tête des femmes, M’sieur Edouard. Ici, elle est très aimée. Les hommes médecine font souvent appel à elle. Elle nous a enseigné son savoir, mais elle a aussi beaucoup appris des hommes médecine.
Poutaveri, le chaman de Wé, renchérit :
— Ta fille possède le don des dieux, M’sieur Edouard. Elle sait écouter le mal dans le corps du malade. Et elle sait comment le chasser.
— Mais pourquoi Lifou précisément ? Elle ne connaissait pas cette île. Elle n’avait aucune raison de venir ici plutôt qu’à Maré ou Ouvéa.
— Elle n’est pas seule. Il y a un homme avec elle.
— Un homme ?
— Et depuis quelques lunes, elle a aussi un bébé. Une petite fille.
Edouard ouvrit des yeux ronds. Il ne savait pas s’il devait se réjouir ou non de cette nouvelle, puisque Valentine avait eu cet enfant hors mariage. Mais cela voulait aussi dire une chose : il était grand-père. Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Finalement, c’était une bonne nouvelle.
— Mais… cet homme, qui est-il ?
De larges sourires éclairèrent les visages des Canaques.
— C’est un Blanc encore plus fou que tous les autres, expliqua Raiamano en éclatant d’un rire joyeux.
Les autres l’imitèrent en se tapant sur les cuisses. Le chef poursuivit :
— Il doit avoir des poissons dans ses ancêtres. Il passe son temps sous l’eau, avec de drôles de machines qui l’aident à respirer.
Cela confirmait ce que Maeva avait déjà dit à Edouard.
— Mais qu’est-ce qu’il cherche sous l’eau ?
— Nous ne savons pas. Il ne ramène jamais rien.
Les rires redoublèrent. Puis Raiamano redevint sérieux.
— Il nous fait rire, mais c’est un homme bon et généreux. Tous les habitants de Lifou l’ont adopté, même les papistes de Nathalo, ajouta-t-il avec une nuance de mépris.
— Comment s’appelle-t-il ?
— Taïna dit Philippe de quelque chose. Il a un drôle de nom.
— Kervallec, s’exclama Poutaveri d’un air docte, heureux de montrer ses connaissances. Philippe de Kervallec. Il paraît que c’est un nom de chef dans la métropole.
— C’est un nom de la noblesse bretonne, confirma Edouard. La Bretagne est une grande province de la France.
— Il nous l’a dit. Mais ça fait longtemps qu’il navigue. Il a un joli bateau, plus grand que le tien, M’sieur Edouard.
— Un marin breton, soupira Edouard. Il a fallu qu’elle fasse un enfant avec un marin breton.
Mais au fond, il était heureux. La perspective de voir bientôt sa fille et sa petite-fille le réjouissait. Seule ombre au tableau : il se demandait comment Valentine allait l’accueillir.


 
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