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LE LYS ET LES OMBRES
QUI ETAIT VRAIMENT JEANNE D’ARC ?


Pourquoi j’ai écrit ce roman...

A l’origine, j’avais le projet d’écrire un roman sur une descendante fictive de Jeanne des Armoises, considérée par beaucoup d’historiens comme une « fausse Jeanne d’Arc ». Je n’avais aucune intention de prendre parti dans un sens ou dans l’autre. Mon intention était simplement de jouer sur l’ambiguïté de son ascendance.
Cependant, les recherches effectuées sur Jeanne des Armoises, puis sur Jeanne d’Arc, m’ont amené à modifier mon projet et à consacrer mon roman à la Pucelle, pour les raisons suivantes. Ces recherches m’ont en effet amené à constater la mauvaise foi des partisans de la thèse officielle, qui taxent sans vergogne tout ce qui ne correspond pas à leur vision de l’histoire de Jeanne de « tissus de mensonges ». Or, après avoir étudié le sujet avec la plus grande objectivité, c’est bien plutôt la version officielle qui est à mes yeux un tissu de mensonges, une manipulation répondant à des motivations politiciennes.
Cette année 2012 est célébrée comme étant le six centième anniversaire de la naissance de Jeanne. Des festivités auront lieu dans les lieux où elle a vécu et l’on nous servira encore une fois la légende comme vérité historique. Or, il s’agit seulement d’une légende, créée à partir de la vie d’un personnage ayant réellement existé, un personnage peut-être encore plus fascinant que celui de la petite bergère dont on nous rebat les oreilles depuis nos années d’école. Une étude un peu plus profonde met très vite à jour les aberrations contenues dans cette légende, et surtout la mauvaise foi des historiens qui défendent bec et ongles cette pseudo vérité.
Car les interrogations surgissent très vite. En voici quelques-unes :
1) Jeanne est-elle vraiment née en 1412 ? Il est largement permis d’en douter à l’étude de certains documents.
2) Comment une petite paysanne née en Lorraine pouvait-elle parler le français puisque ce n’était pas sa langue maternelle ?
3) Comment a-t-elle appris à monter à cheval, courir une lance, manier l’épée à tel point qu’elle a été capable, selon l’histoire officielle, de parcourir 660 km en seulement 11 jours ? Des spécialistes de l’équitation estiment qu’un tel exploit est presque impossible.
4) Pourquoi affirme-t-on qu’elle a « convaincu Robert de Baudricourt de lui confier des hommes d’armes pour aller rencontrer le gentil dauphin à Chinon » alors que le roi lui avait envoyé un messager pour l’escorter, ce qui sous-entend que son expédition était déjà prévue ?
5) Lors de l’entrevue de Chinon, quelle mystérieuse révélation a-t-elle faite au roi pour qu’il en ait les larmes aux yeux ?
6) Comment le roi a-t-il pu confier une armée à une gamine prétendument âgée de seize ans pour la libération d’Orléans ?
7) Qui était-elle vraiment pour être reçue avec les égards dus à une princesse de sang ?  
8) Pourquoi l’Histoire officielle prétend-elle qu’elle a été appelée Pucelle d’Orléans après la libération de cette ville alors qu’il est prouvé qu’elle était appelée ainsi avant ?
9) Pourquoi, après avoir mené Charles VII recevoir le sacre à Reims, a-t-elle été écartée de la Cour ?
10) Lorsqu’elle est condamnée à être brûlée vive par un tribunal ecclésiastique à la solde du régent anglais, pourquoi Charles VII n’a-t-il pas tenté de payer une rançon pour sa libération ?
11) A-t-elle réellement péri sur le bûcher ?
12) Pourquoi réapparaît-elle dans des chroniques espagnoles en 1436 sous le nom de Jeanne la Pucelle ? Idem à Cologne en août de la même année.
13) Jeanne des Armoises était-elle vraiment une usurpatrice, comme le prétendent les historiens orthodoxes ?
14) Pourquoi sa pierre tombale a-t-elle été détruite à la fin du XIXème siècle, au moment même où l’église envisageait de canoniser Jeanne ?
C’est à toutes ces questions – et à d’autres – que cet article va tenter de répondre.

LE CONTEXTE HISTORIQUE

Le Quinzième siècle était le temps de la féodalité. La guerre était le « Noble Art », un « métier » qui permettait aux petits seigneurs de gagner leur vie. Les paysans et les bourgeois des villes leur devaient une obéissance absolue.
L’église jouait un grand rôle. Elle se partageait le pouvoir avec la noblesse. Le Tiers Etat n’avait pratiquement aucune initiative. Mais c’était lui qui produisait les richesses. On croyait en Dieu, mais on redoutait surtout le Diable. L’église catholique exerçait une domination féroce qui excluait toute opposition. Ainsi le schisme cathare avait-il été entièrement exterminé deux siècles auparavant. La Sainte Inquisition, créée deux siècles plus tôt, combattait l’hérésie sous toutes ses formes, traquait sans relâche toute velléité de désobéissance aux dogmes. La lutte contre la sorcellerie se développa essentiellement à la fin du Moyen-Âge et pendant la Renaissance. Les condamnées étaient des femmes à 80 %.
Cependant, l’église toute puissante rencontrait de graves difficultés. La papauté était en crise depuis la deuxième moitié du Quatorzième siècle. Le pape avait été installé à Avignon par Philippe le Bel un siècle plus tôt. A l’époque de Jeanne, il existait deux papes, l’un à Rome, l’autre à Avignon, qui se considéraient mutuellement comme des antipapes.

LA GUERRE DE CENT ANS

Contrairement à ce que l’on enseigne à l’école, la Guerre de Cent Ans n’a jamais été un conflit entre la France et l’Angleterre, mais bien une guerre de succession. A cette époque, l’idée même de nation n’existait pas. La société était organisée selon un système féodal. On était fidèle à un suzerain et non à un pays. Les habitants de Bordeaux, par exemple, s’estimaient vassaux du roi d’Angleterre et pas du tout « français ». L’idée de « nation » n’apparaîtra que quatre siècles plus tard, sous la Révolution. Jeanne ne pouvait donc avoir pour projet de « bouter les Anglais hors de France », mais du « Royaume de France ». Elle était fidèle à un roi, un royaume, non à une nation.
Les origines de la guerre :
Nous sommes en 1315. C’est l’époque de Philippe le Bel et des « rois maudits ». Or, le royaume ne doit pas « tomber de lance en quenouille ». A la mort de l’aîné, Louis X dit le Hutin, son frère puîné, Philippe V le Long, exhume une vieille loi remontant à l’Empire romain. Cette « loi salique » interdisait aux femmes d’hériter des terres de leur père. Mais elle avait un cadre précis. Il s’agissait alors de terres situées sur les frontières de l’Empire. Elles étaient offertes à des hommes qui, en compensation, s’engageaient à servir dans l’armée. L’Empire romain avait ainsi constitué une armée de soldats-paysans capables de prendre les armes pour le défendre. Dans ces conditions, ces terres ne pouvaient effectivement pas tomber entre les mains des femmes.
Au Quatorzième siècle, cette loi salique fut détournée de son but premier pour servir les intérêts de Philippe le Long, afin d’éviter que le royaume ne revienne à la fille de Louis le Hutin. Malheureusement pour lui, il meurt sans descendance mâle, tout comme son frère, Charles IV le Bel. Deux branches revendiquent alors le trône de France :
1 - Philippe VI, premier roi Valois, fils de Charles de Valois, frère de Philippe le Bel. Il est couronné en 1428, à la mort de son cousin Charles IV le Bel.
2 - Edouard III, fils de Edouard II et d’Isabelle de France, fille de Philippe le Bel. Edouard n’accepte pas la Loi des mâles. Il descend directement de Philippe le Bel et entend faire valoir ses droits. Obligé de rendre l’hommage lige à Philippe VI, il ne le supporte pas.  
La guerre éclate en 1337. Le sort des armes est très vite défavorable aux Valois. Philippe VI perd la bataille de Crécy en 1346. C’est le début des bouches à feu, bombardes et couleuvrines. Mais les Anglais utilisent aussi des archers très efficaces. Les Français s’appuient sur les lois de la chevalerie, qui interdisent les armes de jet.
Philippe VI meurt en 1350, en pleine épidémie de peste.
Son fils, Jean II le Bon lui succède et « perd la France » après la défaite de Poitiers en 1356. Libéré en 1360, il cède le tiers du royaume à Edouard III (traité de Brétigny). Il meurt en 1364.
Charles V, son fils, parvient à reprendre le contrôle d’une grande partie du pays grâce à Bertrand Du Guesclin. En 1380, à sa mort, Charles V a restauré un royaume puissant, doté d’une monnaie forte. Les Anglais ont été chassés de la plupart des territoires pris à son père.
C’est la fin de la première partie de la Guerre de Cent Ans.
Charles VI, son fils, né en 1368, lui succède en 1380, à 12 ans. Il souffre de problèmes mentaux, sans doute la schizophrénie. En 1385, à 17 ans, il épouse Isabelle de Bavière, âgée de 15 ans.
La régence, assurée par les oncles du roi, est une catastrophe. Les ducs d’Anjou, de Berry, de Bourgogne et de Bourbon ne songent qu’à s’enrichir sur le dos de la Couronne. Le royaume sombre dans le chaos.
En 1388, à 20 ans, Charles VI prend le pouvoir. Il forme son conseil à partir des anciens conseillers de son père.  En 1392, il est pris d'un premier accès de folie dans la forêt du Mans. Le 28 janvier 1393, il rechute à la suite du Bal des Ardents, où quatre de ses compagnons meurent brûlés vifs. Ses crises de folie vont désormais marquer tout son règne.
Deux partis se forment alors :
- Les Bourguignons, derrière le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, puis son fils, Jean sans Peur,
- Les Armagnacs, derrière Louis d’Orléans, frère de Charles VI.
La guerre civile Bourguignons-Armagnacs
Elle éclate le 23 novembre 1407, lorsque Jean sans Peur fait assassiner Louis d’Orléans. C’est le début de la guerre entre les Bourguignons et les Armagnacs, qui va diviser et déchirer la France jusqu’en 1435, lorsque Charles VII signera la paix avec Philippe le Bon, fils de Jean sans Peur, à Arras.
Henri V de Lancastre
En mars 1413, Henri V de Lancastre succède à son père, Henri IV. Ambitieux et volontaire, il est bien décidé à reprendre l’héritage d’Aliénor d’Aquitaine, dont la noblesse française s’est emparée au fil des ans. En août 1415, il débarque à Harfleur, qui tombe après trois semaines de siège, puis entreprend une campagne pour conquérir la Normandie. Mais il manque de moyens. Ses troupes affaiblies remontent vers le nord pour s’embarquer à Calais. Charles VI décide de lui couper la route à Azincourt, près d’Abbeville, en octobre 1415. Cependant, malgré leur supériorité numérique (2 à 3 contre 1), les Français sont battus en raison de leur manque d’organisation. 6000 chevaliers français périssent sur le champ de bataille.
Azincourt est une défaite très grave. Outre que la chevalerie française est décapitée, elle bouleverse la situation. Henri V a compris que les Français étaient divisés et songe qu’il peut en tirer parti pour mener ses projets à bien et peut-être s’emparer de la couronne de France.  
Le dauphin
Le jeune Charles de Ponthieu, le futur Charles VII, n’est alors que le troisième héritier. Mais, après la mort de ses frères aînés, Louis de Guyenne, en 1415 et Jean de Berry, en 1417, il devient le dauphin de Charles VI. Faible et influençable, il a été élevé par Yolande d’Aragon, duchesse d’Anjou, qui est aussi l’une des personnalités les plus influentes du Tiers Ordre franciscain. Charles est fiancé avec Marie d’Anjou, la fille de Yolande d’Aragon.  
En 1417, ce sont les Armagnacs qui tiennent la ville de Paris, où se trouve la Cour. Après la mort de son frère Jean en 1417, le nouveau dauphin est contraint de rejoindre la Cour. Il tombe désormais sous la coupe du comte Bernard d’Armagnac, chef du parti du même nom. Celui-ci est en concurrence directe avec la reine Isabelle pour l’exercice du pouvoir. Armagnac va réussir à éloigner la reine en révélant ses infidélités au roi. Exilée à Tours, Isabelle sera délivrée le 2 novembre 1417 par Jean sans Peur avec lequel elle fera alliance.
Charles est donc seul. Afin d’amadouer le dauphin, désormais entièrement soumis à son pouvoir, Bernard d’Armagnac lui offre les biens de sa mère. Pour cette raison, elle détestera son fils, allant même jusqu’à prétendre qu’il n’est qu’un bâtard. Cette affirmation perturbera grandement le futur roi, qui doutera de sa légitimité. Mais le comte d’Armagnac est un tyran assoiffé de richesses, qui pille sans vergogne le trésor royal et terrorise les habitants de Paris à l’aide ses milices gasconnes et des mercenaires d’un chef de guerre breton, Tanguy Duchâtel (ou du Chastelet), qu’il a nommé prévôt de Paris.
En 1418, les Parisiens excédés par les exactions de la soldatesque « armignac » se soulèvent et ouvrent les portes aux troupes de Jean sans Peur. Paris est prise par les Bourguignons et Bernard d’Armagnac est massacré. Mais Tanguy Duchâtel a eu le temps d’emmener le dauphin hors de Paris. Il se présente alors comme le chef d’un nouveau parti : les Dauphinois, les partisans du Dauphin.
La reine Isabelle, forte de son alliance avec Jean sans Peur, va exiger que le dauphin revienne à la Cour, qu’elle a installée à Troyes en raison de la menace anglaise. Mais les conseillers de Charles lui suggèrent de n’en rien faire, arguant que sa vie serait en danger. Et surtout, ils désirent garder le contrôle qu’ils exercent sur lui. La France est coupée en deux.
En 1419, devant l’avancée des troupes de Henri V, une tentative de rapprochement est opérée entre le dauphin et Jean sans Peur. Mais un complot est ourdi par des proches du dauphin, qui ne tiennent aucunement à une réconciliation entre Charles et Jean sans Peur. Ce dernier est assassiné le 10 septembre 1419, lors de la fameuse entrevue du pont de Montereau. Cet assassinat est pire qu’un crime, c’est une très grave faute politique, qui va une nouvelle fois livrer le pays à la soldatesque de tous bords. Le dauphin était-il au courant ? On ne peut l’affirmer, mais le doute subsiste.
Le mal est fait et, plus que jamais, le royaume est déchiré entre deux camps irrémédiablement ennemis. Philippe le Bon, fils de Jean sans Peur, jure de venger son père. Allié à la reine Isabelle, que le peuple appelle désormais Isabeau par dérision, conclut un accord avec Henri V. C’est le « catastrophique » traité de Troyes. Henri V épouse Catherine de France, fille de Charles VI, auquel il doit succéder, même dans le cas où il n’aurait pas d’héritier. Un fils naît cependant, le futur Henri VI, héritier du royaume de France selon la version anglo-bourguignonne. Henri VI a du sang anglais et du sang français. Les deux royaumes seront réunis sous une même couronne, tout en conservant chacun leurs coutumes.
Ce traité de Troyes était-il vraiment catastrophique ?
En réalité, il ne l’est pas autant qu’il le paraît aux yeux des historiens. Le petit Henri VI descend lui aussi de St Louis et de Hugues Capet. Il avait autant de droit que Charles VII de monter sur le trône de France, si l’on excepte la loi écartant les femmes du trône. Il pouvait hériter du trône de Charles VI par sa mère, Catherine de France.
En fait, le traité de Troyes n’était qu’une tentative de rétablir la paix, ce à quoi était particulièrement attachée la reine Isabelle, dont l’Histoire a fait un personnage beaucoup plus mauvais qu’elle ne l’était en réalité.
Quant au dauphin Charles, il n’est rien de plus qu’un autre héritier présomptif, dont les troupes vont de défaites en défaites. Si le traité de Troyes avait été appliqué, les royaumes de France et d’Angleterre auraient été réunis et la face du Monde en aurait été changée.
Mais ce ne fut pas le cas.
Deux ans plus tard, un coup de théâtre inattendu va bouleverser la situation politique. Le 31 août 1422, alors qu’il n’a que 34 ans, Henri V meurt soudainement de dysenterie, laissant derrière lui un héritier de neuf mois, le petit Henri VI, fils de Catherine et France et petit-fils de Charles VI. Quelques semaines plus tard, celui-ci suit son gendre dans la tombe. Le royaume de France compte alors deux rois : Henri VI et Charles VII.

Henri VI
Avec son allié le duc Philippe de Bourgogne, Henri VI, dont le pouvoir est assuré par son oncle Jean de Lancastre, duc de Bedford, possède la plus grande partie du pays : Normandie, nord de la Loire, territoires de l’est, Guyenne.
Charles VII
Immédiatement après la mort de son père, Charles VII s’empresse de se faire couronner à Poitiers. Mais sa situation est précaire. Il ne tient que le sud de la Loire, le Dauphiné, des villes comme Lyon et Bourges.
Cependant, les deux royaumes sont épuisés par la guerre. Le nord est le théâtre de combats incessants depuis des dizaines d’années. Les champs ne sont plus cultivés, la forêt reprend partout ses droits, à tel point qu’il existe un proverbe qui affirme : les Anglais par leur magie ont fait venir les bois en France.
Pendant quelques années, la guerre se poursuit de manière sporadique. Mais en 1428, après avoir reconstitué ses forces, le duc de Lancastre entreprend de se lancer à l’attaque de la partie méridionale. Orléans est assiégée en octobre. La ville résiste avec courage. Mais si elle tombe, c’est le royaume de Charles VII qui s’effondrera. Aussi, les autres cités dauphinoises envoient des vivres, des armes et des guerriers. Cependant, la puissance des armes est très nettement en faveur des Anglais.
Alors commence la légende de Jeanne d’Arc…
Selon la version officielle, Jeanne d’Arc est une jeune bergère, née en 1412 à Domrémy, en Lorraine. A l’âge de treize ans – donc, en 1425 –, elle entend des voix qui lui commandent d’aller « bouter les Anglois hors de France ». A seize ans, notre petite paysanne parvient à convaincre le capitaine Robert de Baudricourt, commandant la garnison de Vaucouleurs, de la mener auprès du « pauvre dauphin » réfugié à Chinon. Lequel dauphin lui confie sans sourciller une armée grâce à laquelle elle réussit à délivrer Orléans assiégée par les Anglais. Elle mène ensuite le dauphin à Reims pour s’y faire sacrer « vrai roy de France » sous le nom de Charles le Septième. Mais, après un échec pour délivrer Paris, elle est abandonnée par ledit roi, puis capturée à Compiègne par les Bourguignons qui la livrent aux Anglais. Jugée par un évêque dont le nom, Cauchon, faisait beaucoup rire les enfants, elle est condamnée à être brûlée vive sur la place du Vieux Marché, à Rouen. Ce qui sera fait le 30 mai de l’année 1431. Toujours selon la version officielle, elle a tout juste dix-neuf ans. Cependant, son courage et sa piété provoquent chez les Français un sentiment nouveau : le patriotisme. Ils se ressaisissent et finissent par repousser les Anglais sur leur île, ne leur concédant que quelques places fortes comme Calais, qui sera reprise un siècle plus tard.
Ainsi parle l’Histoire officielle, que l’on n’est pas censé remettre en cause.
Cependant, qu’en est-il en réalité ? Qui fut vraiment Jeanne d’Arc ?

L’AGE DE JEANNE

Jeanne est-elle née en 1412 ?
Cette hypothèse est très discutable. Elle repose uniquement sur ce qu’elle déclare elle-même le 21 février 1431 au procès de Rouen. A la question sur son âge, elle répond : « Environ 19 ans, je pense ». Mais le lendemain, elle répond qu’elle ne peut pas parler de son âge. Pourquoi ? Parce qu’elle était sans doute plus âgée de quatre ou cinq ans. Pour des raisons que l’on verra plus tard, elle ne voulait pas donner son âge réel, qui aurait permis de découvrir sa véritable origine.
Quel âge avait-elle vraiment ?
Une indication solide est fournie par le témoignage d’Hauviette. Hauviette, sa meilleure amie d’enfance, est née en 1411 (voir la traduction du latin en français du procès effectuée par le révérend père Leclerc, partisan de la thèse officielle, en 1906). Elle déclare dans son témoignage du procès en réhabilitation de 1456 qu’elle « ne sait rien que par ouï-dire des parrains et marraines de Jeanne parce qu’elle avait quatre ans de plus qu’elle ». Ce qui fait donc naître Jeanne en 1407 ou 1408, et non en 1412.
Or la version officielle maintient sa date de naissance en 1412. Cette thèse est pourtant difficilement défendable car elle ne s’appuie que sur la réponse de Jeanne de ce 21 février. Il n’existe aucun registre de Domrémy confirmant une naissance de Jeanne cette année-là. Il n’y a donc aucune raison de remettre le témoignage d’Hauviette en cause. Les enfants savent parfaitement les différences d’âge qui les séparent.
Cela n’a pas empêché le révérend père Leclerc, qui a traduit le texte de ce procès du latin en 1906, d’ajouter en bas de page, à propos du témoignage d’Hauviette : Ce point est inexact, puisque Hauviette avait 45 ans en 1456 et que Jehanne, qui en accusait dix-neuf en 1431, aurait eu alors 44. Sur quelles bases et de quel droit un traducteur du Vingtième siècle se permet-il de contester un témoignage inscrit dans un procès datant du Quinzième siècle ? De même, certains historiens affirment que Mengette, autre amie de Jeanne, « confirme comme tous les autres l’âge de Jeanne ». Or, il n’en est rien, car aucun témoin du procès de 1456 n’évoque l’âge de Jeanne. Aucun, sauf Hauviette. C’est le seul témoignage évoquant l’âge de Jeanne. Le seul problème, c’est qu’il contredit la version officielle. Donc, les partisans de la légende s’acharnent à le contester. Cette attitude est-elle digne d’un historien honnête ?
Mais ce témoignage n’est pas le seul élément qui parle en faveur d’une Jeanne plus âgée. En 1428, un homme dont on ignore le nom, à ma connaissance, a fait un procès à Jeanne pour rupture abusive de promesse de mariage. Le fait que Jeanne ait été fiancée est fondé sur une plaque apposée sur le parvis de la cathédrale de Toul. Cette plaque fait mention d’un procès matrimonial qui eut lieu en 1428 et auquel elle se présenta seule. Cela suppose qu’elle était majeure à cette époque, et donc âgée d’au moins vingt ans, selon le droit local. Ce qui la fait naître au plus tard en 1408, et non en 1412.

LA PREMIERE APPARITION DE JEANNE

Selon l’Histoire officielle, Jeanne apparaît la première fois le 13 mai 1428. Elle a alors 16 ans, toujours selon la version officielle. Elle rencontre le capitaine Robert de Baudricourt, commandant la garnison de Vaucouleurs. Elle lui demande de faire parvenir un message au « gentil dauphin », selon lequel il ne doit pas engager de bataille avec ses ennemis, car « il recevra une aide de Messire (Dieu) avant qu’il se soit écoulé une année ». Baudricourt l’éconduit et recommande à son oncle Durand Laxart qui l’accompagne de la ramener chez elle avec une bonne paire de gifles.
Elle revient en février 1429. Cette fois, curieusement, Baudricourt l’écoute. Selon l’Histoire officielle, il lui fournit une escorte et les habitants de Vaucouleurs, séduit par la piété de Jeanne, lui offrent des vêtements et un cheval. Qu’a-t-il pu se passer entre temps pour que l’attitude de Robert de Baudricourt change à ce point ?
Les Voix
Selon la légende, Jeanne dit avoir entendu des voix. C’est un phénomène auquel on peut croire si l’on est un fervent catholique. Mais c’est un fait difficilement acceptable pour un esprit rationnel. Alors, qu’en était-il de ces voix ?
Un élément met à mal cet élément : Jeanne dit avoir entendu les voix de l’Archange St Michel, ainsi que de deux saintes : Sainte Marguerite et Sainte Catherine. Or, ces deux dernières ont été rayées du martyrologe par le pape Jean XXIII dans les années 60 parce que leurs histoires étaient trop invraisemblables. Comment Jeanne a-t-elle pu entendre les voix de Saintes qui n’ont jamais existé ?
L’hypothèse la plus plausible est que Jeanne parlait de « voix célestes » pour éviter de parler des « voix terrestres » des personnes qui l’avaient formée.
Que s’est-il passé à Vaucouleurs ?
Jeanne revient à Vaucouleurs en février 1429. Cette fois, Robert de Baudricourt écoute favorablement sa demande. Pourquoi a-t-il changé d’attitude ?
Il est difficile d’imaginer qu’une gamine de seize ans, même envoyée par Dieu, ait réussi enfin à le convaincre de lui donner une escorte.
Premier point étonnant : Jeanne parle le français
Née en Lorraine et élevée par des paysans lorrains, Jeanne aurait dû parler la langue locale. Or, lorsqu’elle sera reçue à la Cour à Chinon, elle s’exprimera dans un français très châtié. Où a-t-elle pu apprendre le français ?
Deuxième point : Jeanne manie les armes et monte sans difficulté à cheval
Devant Robert de Baudricourt, puis le duc de Lorraine, elle court des lances avec une aisance qui témoigne d’un solide entraînement. D’où lui vient ce savoir ? Il est indéniable qu’elle a reçu une formation. Qui la lui a donnée et dans quel but ?
Le duc Charles de Lorraine, ayant appris la présence de Jeanne à Vaucouleurs, l’a invitée à Nancy, où elle est reçue avec honneur. Curieusement, René d’Anjou, comte de Guise, a fait le voyage depuis sa seigneurie de St Mihiel pour la rencontrer. A la demande du duc, Jeanne court avec succès des lances devant la Cour de Lorraine. Le duc lui offre alors un magnifique destrier noir ainsi que 4 francs « à cheval », ce qui représente pour l’époque une somme importante. Elle va permettre à Jeanne de s’acheter les vêtements qu’elle portera durant le voyage.
René d’Anjou, qui restera dans les mémoires sous le nom de « bon roi René » est le fils de Yolande d’Aragon. Il est le frère de la reine Marie d’Anjou et donc le beau-frère du roi. Jeanne lui propose de l’accompagner jusqu’à Chinon, mais cela lui est impossible. Cependant, il charge Jean de Dieulouard, son propre écuyer d’accompagner la Pucelle.
Pourquoi a-t-il fait le voyage jusqu’à Nancy ? Bien sûr, le duc Charles est son beau-père. Mais pourquoi est-il venu précisément au moment où Jeanne était invitée ?
L’hypothèse
Le fait que Jeanne parle un français correct et sache manier les armes et monter à cheval prouve de manière indubitable que son apparition n’a rien à voir avec le hasard. Elle a été préparée. Mais par qui et pourquoi ?
En 1398, une prophétie a été émise par une femme appelée Marie Robine. Selon cette prédiction « la France perdue par une femme devait être sauvée par une jeune fille, une pucelle ». La femme pouvait être la reine de France Isabelle de Bavière elle-même, qui avait « vendu » le royaume au souverain anglais. Quant à la jeune fille…
Marie Robine était considérée soit comme une véritable prophétesse, soit comme une illuminée. En réalité, sa véritable personnalité importe peu. En revanche, la prophétie était connue et circulait dans tout le royaume de France, surtout depuis les défaites des troupes de Charles VII. En effet, seul un miracle était capable de sauver un royaume promis à l’effondrement. Il fallait un symbole fort pour inverser le sort des armes. Quelqu’un a pu avoir l’idée d’utiliser cette prophétie pour tenter un coup de dé d’une audace incroyable : former une vierge guerrière qui donnerait vie à la prophétie de Marie Robine. C’était un pari insensé, mais qui reposait sur le fait que les gens de l’époque étaient extrêmement sensibles à tout ce qui touchait la religion. Ecoutons ce que dit le pape Pie II, qui monta sur le trône de St Pierre en 1458.

" Ainsi mourut Jeanne, l'admirable, la stupéfiante Vierge. C'est elle qui releva le royaume des Français abattu et presque désespéré, elle qui infligea aux Anglais tant et de si grandes défaites. À la tête des guerriers, elle garda au milieu des armées une pureté sans tache, sans que le moindre soupçon ait jamais effleuré sa vertu. Était-ce œuvre divine ? était-ce stratagème humain ? Il me serait difficile de l'affirmer. Quelques-uns pensent, que durant les prospérités des Anglais, les grands de France étant divisés entre eux, sans vouloir accepter la conduite de l'un des leurs, l'un d'eux mieux avisé aura imaginé cet artifice, de produire une Vierge divinement envoyée, et à ce titre réclamant la conduite des affaires ; il n'est pas un homme qui n'accepte d'avoir Dieu pour chef ; c'est ainsi que la direction de la guerre et le commandement militaire ont été remis à la Pucelle. Ce qui est de toute notoriété, c'est que, sous le commandement de la Pucelle, le siège d'Orléans a été levé ; c'est que par ses armes a été soumis tout le pays entre Bourges et Paris ; c'est que, par son conseil, les habitants de Reims sont revenus à l'obéissance et le couronnement s'est effectué parmi eux ; c'est que, par l'impétuosité de son attaque, Talbot a été mis en fuite et son armée taillée en pièces ; par son audace le feu a été mis à une porte de Paris ; par sa pénétration et son habileté les affaires des Français ont été solidement reconstituées. Événements dignes de mémoire, encore que, dans la postérité, ils doivent exciter plus d'admiration qu'ils ne trouveront de créance."

Jeanne aurait donc été « fabriquée » dans le but de renverser le rapport en faveur de Charles VII. Dans ce cas, qui a pu avoir cette idée ?
Lorsque l’on étudie les éléments, un seul personnage possédait assez de sagesse et de clairvoyance pour organiser une telle opération « pucelle ». Il s’agit de la duchesse d’Aragon, Yolande d’Anjou, la belle-mère du roi. La plus belle femme du royaume, disait-on d’elle. C’était aussi une femme intelligente, riche et organisée, qui entretenait des liens étroits avec le Tiers Ordre franciscains, et notamment avec Colette de Corbie, la réformatrice de l’ordre des Clarisses.
Bien sûr, il ne s’agit que d’une hypothèse. Mais divers indices parlent en faveur de cette hypothèse, comme par exemple la venue de son fils René d’Anjou à Nancy pour observer la Pucelle, ainsi que le « prêt » de son écuyer, Jehan de Dieulouard.
Yolande d’Aragon aurait donc eu l’idée de créer de toute pièce la pucelle de la Prophétie. Celle-ci devait jouer le rôle d’un étendard vivant derrière lequel se rangeraient les partisans de Charles VII. Mais son apparition frapperait également les esprits, dans un monde où la vision des choses était entièrement basée sur la religion, sur la croyance en l’existence d’un royaume de Dieu situé dans le ciel. Un royaume d’où serait venue cette pucelle.
Il fallait donc lui donner une instruction en rapport avec le projet. Il existait, non loin de Domrémy, un ermitage, l’ermitage de Bermont, où Jeanne a pu être formée par des femmes membres du Tiers Ordre franciscain. On connaît leurs noms : Madame de Joinville, Agnès de Vaudémont et Marie de Bourlémont, fille du seigneur de Bourlémont, à qui Jacques d’Arc était inféodé. Ces femmes ont pu apprendre à Jeanne à parler le français, ainsi qu’à lire et à écrire. Ce qui expliquerait l’instruction de Jeanne.
De même, on lui a appris à manier les armes et à monter à cheval. Là encore, deux hommes ont pu donner cette instruction à Jeanne. Jean de Novellempont et Bertrand de Poulangy, qui l’accompagneront de Vaucouleurs à Chinon. Tous deux étaient chevaliers et inféodés à Robert de Baudricourt. Cette instruction s’est vraisemblablement déroulée sur plusieurs années, afin d’obtenir une vierge guerrière parfaitement préparée.
Mais pourquoi avoir choisi précisément la fille de Jacques d’Arc et d’Isabelle de Vouthon ? Il y a une raison, qui sera développée après la rencontre avec le roi.

LE VOYAGE

Une croyance commune prétend que l’argent du voyage a été donné par les habitants de Vaucouleurs. Or, on sait que les frais du trajet de Vaucouleurs à Chinon ont été avancés par Jean de Novellempont. Le trésor royal le remboursera à l’arrivée. Il semble donc que la somme offerte par les habitants de Vaucouleurs fasse partie de la légende.
L’escorte
Elle comportait les deux chevaliers lorrains, Jean de Novellempont (ou de Metz) et Bertrand de Poulangy, accompagnés de leurs écuyers, Jean de Dieulouard, l’écuyer de René d’Anjou, un archer écossais nommé Richard, et surtout, un nommé Collet de Vienne, le messager envoyé par le roi Charles VII pour guider Jeanne jusqu’à Chinon. Collet de Vienne est arrivé à Vaucouleurs en compagnie de l’archer Richard le 19 février 1429. Sa présence signifie clairement que le voyage de Jeanne jusqu’à Chinon n’était pas improvisé, comme le prétend la légende, mais qu’il était organisé de longue date.
Donc, Jeanne quitte Vaucouleurs pour Chinon. Les historiens sont divisés sur la date du départ de Vaucouleurs. Certains partisans de l’histoire conformiste la font partir le 13 février 1429, d’autres le 23. J’ai retenu cette dernière date, qui me semble la plus plausible. En effet, le 13 février, Collet de Vienne n’était pas encore arrivé. Or, il a bien voyagé avec la Pucelle, qu’il a guidée sur le chemin le plus sûr. Il leur a fallu en effet traverser des contrées aux mains des Anglais et des Bourguignons.
Selon la légende, Jeanne a convaincu Robert de Baudricourt. Or, il ne la laisse pas partir immédiatement après son retour de Nancy. Elle doit patienter jusqu’à l’arrivée de Collet de Vienne. Ce qui, là encore, remet en question le fait que, d’après la version officielle, Jeanne avait fini par « persuader » Robert de Baudricourt de lui adjoindre une escorte. La présence de Collet de Vienne prouve au contraire que cette expédition était préparée.
Le voyage entre Vaucouleurs et Chinon dura onze jours. Un tel exploit n’est réalisable que par des cavaliers chevronnés, ce que n’était pas la petite bergère de la légende, même si l’on admet qu’elle savait monter les chevaux de son père. D’après les spécialistes, il faut au moins cinq ans d’entraînement pour accomplir un tel voyage. D’aucuns estiment même qu’un tel exploit est impossible.
Un autre événement plaide en faveur d’une expédition organisée à l’avance. La veille de l’arrivée à Chinon, la petite troupe est victime d’une attaque, à laquelle Jeanne échappe sans dommage. Cette agression fut attribuée à Georges de la Trémoille, qui redoutait la venue de la Pucelle. Il craignait de perdre son influence sur le roi.
Les conformistes parlent eux aussi de cette attaque, précisant que, selon le témoignage d’un des agresseurs, ils auraient été incapables, lui et ses compagnons, de s’opposer au passage de la Pucelle, parce qu’ils ne pouvaient plus bouger. On peut admettre qu’ils aient pris peur et aient renoncé à attaquer au dernier moment devant la détermination de la petite escorte, mais il est beaucoup moins crédible qu’ils aient été « pétrifiés » par la seule présence de Jeanne. Cette interprétation de l’anecdote relève plus du récit hagiographique que de la réalité historique.

LA RENCONTRE

Selon certaines sources, Jeanne aurait été reçue immédiatement. Selon d’autres, elle aurait dû patienter quelques jours. Il est impossible de savoir où se situe la vérité.
Quoiqu’il en soit, c’est le duc Louis de Bourbon que le roi envoie pour la chercher. Louis de Bourbon était un prince du sang, descendant de St Louis. Il arrivait régulièrement que les rois acceptent de recevoir des prophètes. Il est probable que, lorsqu’il a eu connaissance de son existence, le roi a considéré Jeanne comme une prophétesse envoyée par Dieu pour lui délivrer un message. Cependant, jamais une prophétesse n’a été reçue avec autant d’attentions. Ce qui pose la question : Jeanne était-elle seulement une petite paysanne ? Si cela avait été le cas, Charles VII aurait-il envoyé l’un des ses cousins pour l’accueillir ? Le maître des requêtes Charles Simon aurait suffi. Si Jeanne n’avait été qu’une prophétesse parmi d’autres, Charles VII n’avait aucune raison de lui faire une telle faveur.
Jeanne arrive dans la salle du trône. Selon la légende, le roi se dissimule parmi les courtisans, laissant sa place sur le trône au comte de Clermont. Bien que je l’aie reprise dans mon roman, il n’est pas sûr que cette anecdote soit véridique.
Jeanne parle au roi
Leur entrevue, dans une embrasure de fenêtre dure près de deux heures. On ne sait rien de ce qu’ils se sont dit. Il n’est permis que de faire des suppositions.
Voici le témoignage de l’époque.
« Jeanne et le roi commencèrent par l’échange de quelques paroles qui semblaient être de courtoisie, puis elle parut demander une autorisation. Le roi inclina la tête et la Pucelle commença un long récit. Au début, le visage du roi n’exprimait qu’une attention polie ; une ombre d’étonnement passa ensuite sur ses traits. Il posa une question à laquelle elle répondit avec beaucoup de feu ; Charles sourit avec un peu d’incrédulité, tout en continuant à écouter le récit de la Pucelle qui se poursuivait assez longuement. Il parut même aux courtisans que le roi étouffait un léger bâillement.
« Puis la Pucelle se tut et les courtisans crurent l’audience terminée. Mais Jeanne recommençait à parler, lentement cette fois, et dès ses premières paroles, le roi manifesta une vive émotion. A un certain moment, il interrompit Jeanne pour lui poser une question d’un air de grande anxiété. Et comme Jeanne répondait, les témoins stupéfaits virent le visage du roi s’inonder soudain de larmes. Quelques seigneurs voulurent s’élancer vers lui, mais il les arrêta d’un geste et reprit avec la Pucelle son surprenant entretien. Maintenant, le roi paraissait heureux, joyeux, presque ; à son tour, il parlait à la Pucelle tout émue. »
Quel mystérieux secret Jeanne a-t-elle donc bien pu révéler au roi durant cet entretien ?
Il ne s’agit certainement pas du fait qu’elle était envoyée par Dieu pour délivrer Orléans. Le roi et la Cour connaissaient déjà la prophétie et cela n’aurait rien eu d’une révélation. Alors, pourquoi le roi a-t-il eu les larmes aux yeux et s’est-il subitement intéressé aux paroles de la Pucelle ?
Une chose est sûre. Dès le lendemain, il constitue à Jeanne une maison digne d’une princesse royale. Il lui donne un page, Louis de Coutes. Il y en aura un deuxième quelques jours plus tard, Raymond, qui mourra dans ses bras durant le siège de Paris, quelques mois plus tard.  Il lui donne également une dame de compagnie, Madame Le Bellier. Jehan d’Aulon sera son écuyer et aide de camp, et deviendra son ami le plus fidèle. Il sera capturé avec elle à Compiègne, un an plus tard.
Le roi offre également à Jeanne une douzaine de chevaux, la convie à passer la nuit au château. Il lui présente le duc Jean d’Alençon, qui deviendra un ami proche de la Pucelle, qui l’appellera « mon gentil duc ». Jeanne est habillée de pied en cape. Charles VII lui fait aussi fabriquer une armure, ainsi qu’un étendard et un pennon.
Charles VII aurait-il traitée Jeanne aussi princièrement s’il avait eu affaire à une petite paysanne de Lorraine ? On peut en douter. L’attitude même de la Pucelle ne correspond pas à celle d’une modeste roturière. Elle se sent à l’aise au milieu des nobles, elle parle d’égale à égal aux princes du sang, s’exprime dans un français très correct, tel qu’on le parlait à la Cour.
Alors, qui était réellement Jeanne ?
Les indices :
L’épée
Selon la légende, Jeanne refuse l’épée que voulait lui faire fabriquer le roi et désigne l’endroit où aller chercher l’épée qu’elle désirait, dans une église proche de Chinon. La légende fait remonter cette épée à l’époque de Charles Martel. Mais sept siècles se sont écoulés, et, à moins de croire à une épée magique, il n’est pas possible qu’une épée d’acier, aussi solide fût-elle, ait pu résister aussi longtemps à la rouille.
Cette épée comportait cinq fleurs de lys. Tout comme les armoiries de la famille d’Orléans…
Alors, Jeanne faisait-elle partie de la famille d’Orléans ? Plusieurs éléments appuient cette hypothèse.
La Pucelle d’Orléans
On a longtemps soutenu que l’expression « Pucelle d’Orléans » n’avait été utilisée qu’à la fin du Seizième siècle. Or, monseigneur Jacques Gélu, archevêque d’Embrun, ville importante du Dauphiné, a adressé au roi, courant avril 1429, donc avant même la libération d’Orléans, qui a eu lieu le 8 mai 1429, un traité intitulé De Puella Aurelianensis, « De la Pucelle d’Orléans ». Cette expression était donc utilisée du vivant de Jeanne et semblerait montrer qu’elle appartenait à la famille d’Orléans.
Un autre élément :
Le 2 juin, en remerciement de sa victoire, Charles VII accorde un blason à Jeanne. Or, un blason ne peut être accordé qu’à une personne déjà noble, ce qui tendrait à prouver qu’elle faisait déjà partie de la noblesse. Ce blason est semblable à celui de la maison d’Orléans, à la seule différence qu’il présente une « brisure », c’est-à-dire le remplacement d’un élément par un autre, le reste du blason étant en tous points identique. Il s’agit là du signe de la bâtardise, laquelle n’avait rien de déshonorant à l’époque si le père était noble.
L’attribution de ces armoiries trouble beaucoup les historiens orthodoxes. L’un d’eux, Le Brun des Charmettes, au dix-neuvième siècle, écrit qu’il s’agit d’une faveur insigne à cette époque et qu’on croit ne jamais avoir été accordée à aucune personne étrangère à la maison royale.
L’aurait-on accordée à une petite paysanne inconnue ?
Ces armoiries constituent l’un des points cruciaux de l’hypothèse de la bâtardise. Je cite ici Jean Bancal : « Ce n’est pas seulement la décision royale qui est significative dans son principe, c’est aussi et surtout la description du blason qui est celui des rois de France, avec une seule variante, l’épée remplaçant la troisième fleur de lys. [] Sous l’Ancien Régime, la bâtardise n’entraînait pas le moindre discrédit lorsque le père était noble ; tout bâtard avait droit à un blason portant les armes de son père, mais avec une variante appelée brisure en langage héraldique. Cette brisure consistait tantôt en une barre sur une des pièces, tantôt dans le remplacement d’une pièce par une autre, mais sans modification d’aucune autre pièce ni des couleurs. »
Un élément frappe l’imagination : l’épée est ornée de cinq fleurs de lys comme celle du duc Louis d’Orléans ! Quant à la couronne, elle est celle des Dauphins de France.
Enfin, l’acte ne contient aucune formule anoblissant Jeanne. Or, le droit au blason est indissociable de la qualité nobiliaire. Ce qui tend à confirmer que Jeanne était déjà de noble naissance.
Ce blason signifierait donc que Jeanne n’était pas la fille de Jacques d’Arc et d’Isabelle de Vouthon, mais la fille bâtarde de Louis d’Orléans, frère du roi Charles VI. Louis d’Orléans, assassiné par Jean sans Peur le 23 novembre 1407.
A propos de la noblesse de Jeanne, un autre élément mérite d’être signalé. En décembre 1429, des lettres patentes de Charles VII auraient anobli toute la famille d’Arc, non seulement Jeanne, mais aussi ses parents, ses frères et sa sœur (on peut s’en étonner, puisque Catherine était déjà décédée, à moins qu’elle en ait eu une autre !), avec privilège de transmission utérine, c’est-à-dire par les femmes. Les conformistes s’appuient sur ces lettres patentes pour prouver que Jeanne n’était pas noble auparavant. Or, on n’a jamais pu prouver de manière irréfutable l’existence de ces lettres. Les originaux ont disparu. Les seules traces que l’on en possède remonte à 1550, lorsqu’un certain Robert Fournier, soi-disant baron de Tournebus, se prétendant descendant de Pierre d’Arc par les femmes, demande au roi Henri II de reconnaître sa noblesse. Il fournit alors une copie des fameuses lettres patentes. Lesquelles seront reprises au dix-septième siècle par d’autres descendants. On peut raisonnablement douter de l’existence de ces lettres patentes. En effet, il y serait établi que Jeanne était anoblie, ce qui est en contradiction avec le document du 2 juin, dont l’original, lui, a été conservé, et qui confère des armoiries à Jeanne – et à elle seule.
Si Louis d’Orléans était son père, qui était sa mère ?
L’hypothèse que j’ai retenue pour le roman est la suivante :
En 1407, le reine Isabelle était la maîtresse de Louis d’Orléans. Le 10 novembre 1407, elle accouche d’un enfant prénommé Philippe, qui sera déclaré mort moins de trois heures plus tard, et enterré dans la basilique de St Denis dès le lendemain. Le 23 novembre 1407, soit 13 jours après la naissance, Louis d’Orléans est assassiné à coups de hache par les sbires de Jean sans Peur, lequel ne sera même pas inquiété.
Jeanne peut-elle être ce bébé ?
L’hypothèse est hasardeuse, mais pas impossible. Et surtout, elle offre une certaine logique.
Qu’est devenu le corps du petit Philippe ?
Lorsque les révolutionnaires ont investi la basilique de St Denis et détruit les sarcophages en 1792, ils ont jeté les restes des rois de France. Or, le rapport de cette opération mentionne clairement que le tombeau du petit Philippe était vide. Plus étrange encore, si l’on s’en réfère à la « Chronique du Religieux de St Denis », qui tenait les comptes des naissances et des décès des familles royales dont les membres étaient enterrés dans la basilique, elle relate bien la naissance d’un petit Philippe le 10 novembre 1407, à l’hôtel Barbette, résidence de la reine Isabelle de Bavière. Cette chronique est reprise telle quelle dans l’Histoire de France de Villaret, secrétaire et généalogiste des pairs de France, en l’an 1764. Cependant, dans deux éditions ultérieures, réalisées par un nommé Garnier, le successeur de Villaret, il est apporté une rectification : « Le dernier enfant d’Isabeau fut une fille, Jeanne, qui ne fut vécut qu’un jour et fut enterrée à St Denis » (T XIV, p 168). On peut se demander pourquoi Garnier a apporté cette modification s’il n’avait pas eu une bonne raison de le faire, d’autant plus qu’on ne peut l’accuser, à l’époque, d’avoir voulu apporter des arguments aux « bâtardisants ». La polémique n’existait pas encore puisqu’elle date du début du dix-neuvième siècle. Il devait donc disposer de documents dont nous n’avons plus trace. Toutefois il indique bien que cette petite Jeanne « ne vécut qu’un jour et fut enterrée à St Denis. »
Dans ce cas, comment imaginer qu’elle ait pu survivre ? Il y a une explication : on peut penser que ses parents, soucieux de la mettre à l’abri d’une possible vengeance de Charles VI, dont ils connaissaient le caractère extrêmement violent, aient décidé, pour la protéger, de la déclarer morte et de la faire élever loin de la Cour. On a fait beaucoup de reproches à la reine Isabelle, mais on ne peut l’accuser d’avoir été une mauvaise mère. Seul Charles ne trouvait pas grâce à ses yeux et on peut la comprendre : Bernard d’Armagnac lui avait donné une bonne partie de sa fortune.
Que penser de cette hypothèse ?
Bien sûr, elle reste sujette à caution car il n’existe aucune preuve, et je me garderais bien d’affirmer qu’il s’agit là de la seule vérité. Cependant, je l’ai retenue pour le roman parce qu’elle a le mérite d’offrir une explication rationnelle à la réaction du roi. Il est évident qu’au cours de leur entrevue de Chinon, Jeanne lui a révélé bien autre chose que le fait qu’elle était la Pucelle envoyée par Dieu, destinée à sauver le royaume de France. Cette révélation n’en aurait pas été une, puisque Charles VII connaissait déjà la teneur de la prophétie.
J’ai choisi la thèse soutenant qu’elle était la fille d’Isabelle de Bavière et de Louis d’Orléans parce qu’elle semble logique. Ils auraient décidé d’éloigner le bébé. En Lorraine, par exemple. Jeanne aurait donc été emmenée à Domrémy.
Mais pourquoi à Domrémy ?
Il existait, dans l’entourage de la reine, une femme qui portait le nom de Jehanne d’Arc, et qui était la veuve de Nicolas d’Arc, frère de Jacques. Cette femme de confiance a pu suggérer à la reine de l’envoyer dans sa propre famille, où elle aurait été en sécurité, élevée comme la fille de Jacques d’Arc et d’Isabelle de Vouthon.
L’arrivée du bébé aurait eu lieu la nuit de l’Epiphanie 1408, ce qui aurait provoqué une certaine perturbation dans le village. On dit que les coqs se sont mis à chanter, et que tous les villageois sont sortis de leurs maisons. Les historiens conformistes n’hésitent pas à établir un parallèle entre cette « naissance » et celle de l’enfant Jésus. Libre à eux de le croire, bien entendu, mais si l’on veut rester rationnel, on peut se demander ce qui a pu se passer cette nuit-là pour amener cette perturbation. La seule naissance d’un bébé n’aurait pas provoqué un tel remue-ménage.
Comment ce secret est-il parvenu à la connaissance de Yolande d’Aragon ? On en est réduit aux suppositions. Peut-être était-elle dans la confidence dès le début. Yolande d’Aragon était à l’époque assez proche de la reine pour que cette dernière lui confie l’éducation du petit Charles de Ponthieu. Mais peut-être l’a-t-elle appris plus tard. C’est l’hypothèse que j’ai retenue pour le roman, parce qu’il fallait faire un choix.
Comme on le voit, l’hypothèse de la bâtardise est plausible. Cependant, il convient de rester prudent. Elle repose sur des suppositions et je me garderai donc bien d’affirmer qu’elle correspond à la vérité. Toutefois, elle a le mérite de proposer une explication rationnelle au fait que Charles VII a accueilli les révélations de Jeanne avec autant d’émotion. Elle lui apportait la preuve qu’il n’était pas un bâtard. Depuis les assertions de sa mère, le doute le rongeait. Il n’était pas sûr d’être l’héritier légitime. Jeanne a chassé ce doute. Il y avait bien un bâtard, mais ce n’était pas lui, c’était elle.
La bâtarde d’Orléans, appelée la Pucelle d’Orléans
La suite des évènements semblent confirmer l’hypothèse de cette bâtardise.
Aussitôt après leur entretien, Charles VII a  constitué à Jeanne une « maison » digne d’une princesse royale. Aurait-il agi de même s’il avait eu affaire à une prophétesse roturière?
D’autres éléments vont dans le même sens. A l’arrivée du duc Jean d’Alençon, le lendemain, Jeanne a dit : « Plus nous serons de sang royal, mieux ce sera ». Cette phrase embarrasse beaucoup les conformistes. Selon eux, en jouant sur la traduction en latin, elle aurait voulu dire : « Plus j’aurai autour de moi de gens du sang de France et mieux ce sera ». Mais elle a bien dit « nous serons », en français, ce qui veut dire qu’elle reconnaissait implicitement être elle-même de sang royal. La manière familière dont elle accueille le duc d’Alençon le confirme. Une petite bergère ne se serait pas montrée aussi directe avec un prince du sang.
Après le repas de bienvenue qui accueille le duc d’Alençon, celui-ci propose à Jeanne de jouter avec lui. Dans l’Histoire, il n’existe aucun autre exemple d’un prince consentant à jouter contre un roturier, et encore moins une roturière. La lance était l’arme de la noblesse par excellence.
Le procès de Poitiers
Jeanne n’avait pas convaincu la totalité de l’entourage du roi. Certains se méfiaient d’elle et la soupçonnaient d’être envoyée non par Dieu, mais le Diable. Jeanne dut se soumettre à un interrogatoire, qu’on a appelé « procès de Poitiers », et qui eut lieu en mars 1429.
Là encore, deux éléments plaident en faveur d’une origine élevée de Jeanne.
Tout d’abord, le procès n’eut pas lieu dans la salle du Parlement, comme le voulait la coutume, mais ce furent les enquêteurs qui se déplacèrent jusqu’à l’hôtel de Jehan, conseiller du duc d’Orléans, où Jeanne était logée. Il s’agit là d’une remarquable marque de respect, difficile à concevoir si elle n’avait été qu’une petite bergère. On notera également qu’elle fut logée, comme par hasard, par le conseiller du duc d’Orléans.
Le chancelier-archevêque Régnault de Chartres exigea dans un premier temps que fût contrôlée sa virginité. Celle-ci fut donc vérifiée sous le contrôle de deux reines : Marie d’Anjou, épouse de Charles VII, et sa mère Yolande, reine de Naples, duchesse d’Aragon et d’Anjou. Toutes deux attestèrent de la pureté de la jeune fille. Ce qui embarrassa fort ses opposants, mais ne les empêcha pas de continuer à se montrer sceptiques. Là encore, ce sont les deux femmes les plus importantes du royaume qui se chargent de vérifier la virginité de Jeanne. Aurait-on eu un tel égard si elle n’avait été qu’une simple paysanne ? Lors du procès de Rouen, en 1431, le contrôle de la virginité de la Pucelle se fera en présence de la propre épouse du duc de Bedford, Anne de Bourgogne, fille de Jean sans peur et sœur de Philippe le Bon. On ne peut pourtant pas affirmer que le régent anglais portait Jeanne dans son cœur.
La disparition du Livre de Poitiers
En ce qui concerne ce procès, on en est réduit aux conjectures. L’ensemble des procès-verbaux et travaux est appelé Livre de Poitiers. Les conformistes nient son existence, ce qui peut sembler curieux, puisque l’on dispose des comptes-rendus des deux autres procès, celui de l’accusation de Rouen en 1431 et celui de la réhabilitation, en 1456. Alors, pourquoi a-t-il été perdu ou détruit ? Et s’il existe encore, pour quelles raisons ne peut-on pas y avoir accès ? Si ce livre de Poitiers contient la vérité sur Jeanne, à savoir, selon les conformistes, qu’elle était bien une petite bergère, ils devraient au contraire s’en servir pour appuyer leur thèse. Mas, bizarrement, les minutes de ce procès ont disparu, contrairement aux autres. Ils avaient d’ailleurs déjà disparu en 1456. Curieux…
Certains soupçonnent le Vatican de les conserver au secret. Mais le Vatican nie leur existence…
D’autres éléments
En avril, Jeanne reçoit de l’argent de la part du duc Charles d’Orléans, prisonnier à Londres depuis la bataille d’Azincourt. Les conformistes prétendent que ces vêtements ont été un cadeau du duc Charles d’Orléans pour remercier Jeanne d’avoir délivré sa ville. Or, d’après les livres de compte, ils ont été confectionnés en avril, c’est-à-dire avant la libération d’Orléans. Il ne pouvait donc s’agir d’un présent de remerciement. En revanche, il pouvait très bien s’agir du cadeau d’un frère à sa demi-sœur.
De même, Charles VII fait fabriquer une armure pour Jeanne. Il y adjoint des éperons dorés. Or, ceux-ci constituaient l’apanage exclusif de la haute noblesse. Les aurait-on accordés à une petite bergère ?
Si l’on s’en tient à cette hypothèse, Jeanne n’était donc pas une petite bergère de Lorraine, mais bien une princesse de sang, demi-sœur de Charles VII par sa mère. Elle était aussi la demi-sœur de Charles d’Orléans, le duc poète, et de Jehan, le bâtard d’Orléans.
La vierge guerrière
Mais elle était avant tout une guerrière, formée pour combattre. Et c’est cet aspect qui explique la suite de son histoire.
Le 8 mai 1429, après quelques coups de mains d’une incroyable audace, Jeanne délivre Orléans. Elle reçoit, lors de l’assaut des Tournelles, une blessure sans gravité au-dessus du sein gauche. Cependant, même si elle a conscience de sa condition, Jeanne reste persuadée d’être envoyée par Dieu et d’être investie d’une mission.
A l’origine, celle-ci comporte les cinq points suivants :
- Rencontrer le roi à Chinon
- Délivrer Orléans
- Amener le dauphin à Reims pour y recevoir le vrai sacre, celui qui le consacrera véritable roi de France.
- Délivrer Paris
- Obtenir la libération de Charles d’Orléans (son demi-frère ?) par la capture de chefs anglais que l’on proposerait en échange.
Dans les faits, Jeanne a rempli les trois premiers points de sa mission. Elle a rencontré le roi à Chinon, puis elle a délivré Orléans. Le 17 juillet 1429, après une traversée en force des territoires bourguignons, Charles VII est couronné à Reims.
Ensuite…
L’histoire officielle ne s’étend plus sur l’action de la Pucelle. On parle de son échec devant Paris, puis de sa capture devant Compiègne et de son procès inique qui la verra finir sur le bûcher, le 30 mai 1431, place du Vieux Marché à Rouen, abandonnée par un roi qui lui devait tout. Qu’a-t-il pu se passer entre temps ?
Immédiatement après le sacre, des tensions sont apparues entre Jeanne et le roi. Jeanne voulait profiter de l’effet de surprise provoqué par le sacre sur les populations pour courir s’emparer de Paris. Mais Charles VII, conseillé par le favori Georges de la Trémoille, et par l’archevêque de Reims, Régnault de Chartres, qui tous deux détestaient Jeanne, tergiversa.
Après une campagne sans gloire dans l’est de Paris, une partie de l’armée finit par mettre le siège devant la capitale. Mais les Parisiens sont plutôt fidèles à Henri VI. Ils ne voient en Charles VII que le chef du parti armagnac, dont ils ont eu tant à souffrir autrefois. Ils n’ont pas oublié. Jeanne, qui s’obstine à vouloir délivrer la ville est gravement blessée à la cuisse. Son page Raymond trouve la mort et expire dans ses bras. Paris est un échec.
Mais la responsabilité en revient essentiellement à Charles VII qui n’a pas eu le courage de pousser son avantage jusqu’au bout. Et l’armée royale repart vers la Loire avec des allures d’armée vaincue. Jeanne est furieuse.
Nous sommes en septembre 1429, soit seulement sept mois après l’arrivée de Jeanne à Chinon, deux mois après le sacre. A partir de ce moment, la Pucelle va devenir encombrante. Peut-être est-elle de sang royal, mais elle a surtout été formée pour faire la guerre, et elle désire continuer, jusqu’à ce que les Anglais aient été chassés de France. Charles VII, influencé par ses conseillers, préfèrent la négociation.
On accorde à Jeanne de mener quelques combats, afin de l’occuper. Elle s’empare ainsi que St Pierre le Moustier, à quelques lieues au sud de Nevers. Mais cela ne fait pas l’affaire de la Trémoille. La Pucelle est devenue embarrassante. Il s’arrange pour la discréditer en lui refusant les crédits nécessaires à ces petites batailles. Devant La Charité sur Loire, tenue par les Bourguignons, Jeanne connaît un nouvel échec, faute de moyens.
Jeanne sait d’où vient le coup. Elle n’a plus rien à faire à la Cour. Elle quitte alors Charles VII sans le prévenir, se mettant ainsi en état de désobéissance vis-à-vis de lui. Dès cet instant, elle va mener sa propre guerre, avec sa poignée de fidèles, dont fait partie son frère – adoptif ou non – Pierre d’Arc, ainsi que son inséparable Jehan d’Aulon, son écuyer et maître de camp.
Une nouvelle fois, elle tente, avec sa petite armée, de s’attaquer à Paris. Mais les complicités qu’elle a nouées à l’intérieur des murs sont trahies. Là se situe une anecdote qui peut expliquer bien des choses, plus tard, à l’époque de Jeanne des Armoises.
La région de Lagny était écumée par un chef de guerre à la solde des Bourguignons, Franquet d’Arras. Les habitants de Lagny vont demander à Jeanne de le combattre. Les deux armées sont à peu près de force égale, mais Jeanne triomphe et capture Franquet d’Arras. Selon les lois de la chevalerie, elle devrait en demander rançon, mais elle vient d’apprendre que ses amis de Paris ont été trahis et capturés. Certains ont été tués. Alors, de colère, au lieu d’utiliser Franquet d’Arras comme monnaie d’échange, elle le livre à la vindicte populaire. Il est jugé sommairement et exécuté. Cette fois, Jeanne a agi contrairement aux lois de la chevalerie. Les réactions des cours de Bourgogne et de Charles VII sont virulentes. Jeanne est désavouée.
Elle va tout de même poursuivre son combat avec ses faibles moyens. Jusqu’à la capture, à Compiègne, par les troupes de Jean de Luxembourg.
Pendant cette période, Jeanne se comporte comme n’importe quel chef de guerre, elle capture et exige des rançons. On est loin de la sainte de la légende. Ce qui ne diminue en rien son aspect exceptionnel. Les femmes chef de guerre étaient très peu nombreuses à l’époque. La lutte qu’elle mène a quelque chose de pathétique. Jeanne croit toujours  au caractère divin de sa mission. C’est ce qui l’a amenée à quitter le roi pour poursuivre la lutte contre ceux qu’elle considère comme des envahisseurs.
Son comportement est « humaniste » avant l’heure. Elle s’oppose aux pillages et aux viols lors de la prise d’une ville, elle tente d’épargner les églises. Elle refuse que les prostituées suivent l’armée. Mais son combat est vain. Elle vit au milieu d’une soldatesque rude et cruelle, pour laquelle la torture n’est qu’un jeu distrayant.
Pourtant, malgré cette promiscuité, Jeanne va rester vierge. Il faut croire qu’elle exerçait un ascendant extraordinaire sur ses hommes. Sans doute possédait-elle une véritable autorité. Mais elle devait aussi bénéficier de l’aura que lui apportait  son statut de Pucelle envoyée par Dieu.

LA CAPTURE

Toujours à la tête de sa petite armée, elle se porte au secours de Compiègne en mai 1430. Là, à la suite d’une manœuvre malheureuse, elle est capturée par un vassal de Jean de Luxembourg. Par deux fois, elle tente de s’échapper, sans succès. Puis elle est vendue aux Anglais qui la remettent entre les mains d’un tribunal ecclésiastique dirigé par Pierre Cauchon, évêque de Beauvais.
Ce Pierre Cauchon avait des raisons de lui en vouloir, puisqu’il avait été chassé de sa ville par ses propres ouailles lors de l’avancée de Charles VII sur Paris. Il avait trouvé refuge auprès du régent anglais, le duc de Bedford, dont il était devenu le conseiller ecclésiastique.
Le duc de Bedford n’a qu’un objectif : détruire l’aura de la Pucelle. Et donc l’éliminer afin de prouver qu’elle n’était pas envoyée par Dieu. Jeanne a fait un tort très important au jeune roi Henri VI en faisant sacrer Charles VII à Reims. Dans l’esprit du peuple, il est désormais l’héritier légitime de la France, ce qui ne convient pas au duc de Bedford. Il n’y a qu’une solution pour lui : détruire la Pucelle et prouver ainsi qu’elle n’est pas envoyée par Dieu, mais par le Diable. Et donc que le sacre de Charles VII est une imposture satanique.
L’idéal serait d’accuser Jeanne de sorcellerie. On vérifie son état. Mais elle est toujours vierge. Or, selon les croyances de l’époque, une jeune fille ne pouvait pas avoir eu de rapport avec le Démon. Il faut donc trouver autre chose. Ce sera l’hérésie. Pendant quatre mois, on va harceler Jeanne de questions, revenant sans cesse sur les mêmes sujets pour la faire craquer. Elle résiste avec courage et un certain humour. Pour elle, ce tribunal n’a pas grande valeur. Il est celui de l’ennemi.
Le 24 mai 1431, elle est menée dans le cimetière des Innocents où un bûcher a été dressé. Terrorisée, elle finit par déclarer qu’elle s’en remet à l’Eglise. Elle est alors condamnée à la prison à vie, mais elle évite le bûcher. Cela ne fait pas l’affaire du duc de Bedford, qui désire la voir morte. Alors, des soldats anglais pénètrent dans son cachot et lui arrachent ses vêtements féminins pour ne lui laisser que des hardes masculines. Elle est aussitôt déclarée relapse et condamnée à périr par le feu.
L’exécution a lieu le mercredi 30 mai 1431. Jeanne est brûlée vive.
Là s’achève la vie de Jeanne d’Arc selon la version officielle. Selon la légende, elle serait morte en criant le nom de Jésus. Un soldat anglais ému aux larmes lui confectionne une petite croix avec des bouts de bois prélevés sur le bûcher… Elle meurt ainsi en martyre après avoir donné sa vie pour la France, abandonnée par tous, et surtout par le roi qui lui devait son trône.
Jeanne a tout pour être une héroïne. Et surtout, lorsque cette histoire est fixée définitivement, au moment de l’élaboration des manuels scolaires dans les années 1880, elle satisfait aussi bien le point de vue de l’Eglise que celui de la République. L’Eglise n’est pas encore séparée de l’état, mais le combat entre cléricaux et anticléricaux fait rage. Jeanne a le mérite de réconcilier tout le monde. Jeanne est issue du peuple, ce qui convient très bien aux républicains. On en fait une petite bergère qui entend des voix, ce qui convient à l’Eglise. L’idée de la bergère n’est pas innocente. Elle se rapporte au pasteur chargé de guider les âmes. On va même parler alors de la béatifier, peut-être de la canoniser. Ce qui sera d’ailleurs fait en 1920.
Mais est-on bien sûr que Jeanne soit morte brûlée vive en ce 30 mai 1431 ?

Des doutes subsistent.
Selon les témoignages de l’époque, Jeanne est arrivée avec une heure de retard (9 heures au lieu de 8). D’après le chroniqueur Perceval de Cagny, Jehanne fut « amenée du Chastel, le visage embronché, audit lieu où le feu estoit prêt ». En vieux français, embronché signifie : caché, recouvert d’un voile. On n’a donc pu voir le visage de la suppliciée.
L’exécution s’est déroulée d’une manière inhabituelle. Le bourreau, Geoffroy Thiérache, n’a pu la lier lui-même au poteau. Une foule importante, plus de dix mille personnes, y assistaient. Mais la place était gardée par huit cents soldats anglais qui ont empêché les curieux d’approcher trop près. Ensuite, les cendres ont été recueillies et jetées dans la Seine. Il ne devait rien rester d’elle, afin de frapper les imaginations et empêcher les pratiques superstitieuses.
Les anecdotes telles que celle du soldat anglais en larme fabriquant une croix à partir des fagots du bûcher ne figurent pas dans les témoignages de l’époque. Elles relèvent toutes d’ajouts à la légende.
Officiellement, Jeanne meurt brûlée vive ce matin du mercredi 30 mai 1431.
Or, son nom réapparaît quelques années plus tard, dans différents documents. Alors, on est en droit de se poser la question : Jeanne a-t-elle réellement péri sur le bûcher ?
Si elle a échappé au bûcher, que s’est-il passé ? Il n’existe malheureusement aucun élément permettant d’y voir plus clair. Nous en sommes réduits aux hypothèses. On peut en retenir trois :
- Jeanne a été libérée par des complices
- Le roi ou quelqu’un d’autre a fini par payer une rançon
- Elle a été épargnée par ses bourreaux
La première hypothèse ne peut pas être écartée, mais elle paraît audacieuse. Jeanne était sévèrement gardée. On sait que Gilles de Retz a tenté de monter une expédition pour la secourir. Mais il a échoué.
Deuxième hypothèse : le paiement d’une rançon. Le roi a montré tout au cours du procès qu’il s’était désintéressé de Jeanne. Quand bien même elle était sa demi-sœur. On peut s’en étonner, mais Charles VII était un être profondément égoïste. D’autre part, la famille n’avait pas une grande importance. On n’hésitait pas à pratiquer l’assassinat entre cousins. Enfin, Charles VII était conseillé par deux hommes qui détestaient la Pucelle : Georges de la Trémoille et Régnault de Chartres, l’archevêque de Reims. Quant à la duchesse Yolande d’Aragon, elle avait déjà payé l’armée qui avait permis à Charles VII de reconquérir Orléans et de se rendre à Reims. Elle n’était plus guère fortunée. De plus, dans l’hypothèse où la duchesse d’Anjou est bien « l’initiatrice » de la Pucelle, Jeanne lui avait « échappé ». Elle ne la contrôlait plus.
Troisième hypothèse : Contre toute attente, c’est cette hypothèse que j’ai retenue pour le roman. Elle va sans doute faire bondir les historiens : Jeanne a été épargnée par l’évêque Cauchon et le duc de Bedford. Il s’agit bien entendu d’une pure hypothèse, mais elle repose sur une certaine logique. Pendant quatre mois, Cauchon a tenté de démontrer que Jeanne n’était qu’une usurpatrice envoyée par le Démon. Pendant quatre mois, elle s’est défendue pied à pied, avec une assurance et une sincérité qui ont troublé l’évêque et certains autres juges.
Le 24 mai, Cauchon fait tout pour éviter la mort à Jeanne. Il finit par y parvenir. Pourquoi ? Parce qu’il est déconcerté par sa sincérité. Elle n’a toujours pas perdu sa virginité, donc elle ne pas être envoyée par le Diable. Il l’accuse d’hérésie parce qu’elle se prétend envoyée par Dieu, mais il ne parvient pas à la prendre en défaut, sinon grâce à la menace du bûcher. On peut alors imaginer que l’évêque Cauchon ait été en proie au doute. Il ne peut s’empêcher de se dire : « Et si cette fille était vraiment envoyée par Dieu ? » Cela voudrait alors dire que lui, homme d’église, a combattu contre Dieu lui-même pendant tout ce temps. C’est une chose qu’il ne peut pas accepter. Et s’il la fait brûler ? Il sera maudit, rejeté par Dieu. Il décide alors de convaincre le duc de Bedford d’épargner Jeanne. Ses arguments sont tellement persuasifs qu’il obtient sa grâce.
Cependant, le duc de Bedford ne peut pas se permettre de gracier Jeanne officiellement. Cela serait reconnaître qu’il a peur et qu’il n’est pas sûr de lui. Jeanne doit donc mourir. Mais c’est une autre qui sera brûlée à sa place, sans doute une femme déjà condamnée pour sorcellerie. Ce qui explique pourquoi on n’a pu voir son visage. Cela explique aussi pourquoi on a demandé au bourreau de brûler entièrement le corps de la Pucelle avant de jeter ses cendres dans la Seine. Il fallait qu’il ne reste rien d’elle. Le duc de Bedford avait obtenu ce qu’il voulait : détruire l’image de la Pucelle, sur laquelle pesaient toujours les accusations d’hérésie.
Il semblerait, mais c’est une information que je n’ai pas pu vérifier, que les registres de la ville de Rouen notent, pour cette journée du 30 mai 1431, l’exécution de 5 sorcières. Or, Jeanne, n’a pas été condamnée pour sorcellerie, mais pour hérésie. Les registres devraient donc comporter 4 sorcières et une hérétique. Si cette information était confirmée, cela confirmerait l’hypothèse selon laquelle Jeanne n’a pas péri sur le bûcher.
Cependant, d’autres éléments viennent renforcer cette thèse.

JEANNE DES ARMOISES

Si Jeanne a survécu, qu’a-t-elle pu devenir ensuite ?
Bien entendu, on en est réduit aux hypothèses, aucune histoire officielle n’ayant été instituée.
Les fausses Jeanne
Après la mort supposée de la Pucelle sur le bûcher, à Rouen, plusieurs fausses Jeanne firent leur apparition. C’est un phénomène connu : lorsqu’un héros ou une héroïne meurt, le peuple a du mal à accepter sa disparition et il arrive souvent que des individus plus ou moins bien intentionnés tentent de prendre leur place. Après 1431, plusieurs Jeanne ont fait leur apparition. La plupart ont été confondues. Cependant, le cas de Jeanne des Armoises est véritablement troublant, puisqu’elle a été reconnue par toutes les personnes qui ont connu la Pucelle, et ce pendant plusieurs années. Jeanne des Armoises est considérée par les historiens orthodoxes comme une usurpatrice, une aventurière qui a profité « d’une vague ressemblance » avec Jeanne pour se faire passer pour elle et en tirer de substantiels bénéfices. Toutefois, lorsque l’on étudie son histoire de près, on s’aperçoit que tout n’est pas aussi simple.
Tout d’abord, contrairement à ce que prétendent les historiens orthodoxes, Jeanne des Armoises n’a jamais avoué être une usurpatrice. Ils se basent seulement sur une interprétation très tendancieuse des textes.
Les réapparitions de Jeanne la Pucelle
Dans trois chroniques espagnoles
La Chronique de Alvaro de Luna, connétable de Castille rapporte qu’en 1436, le roi aurait apporté son aide à la Pucelle sous la forme de 25 navires de guerre et 15 caravelles empruntés à l’Armada dans les ports de Biscaye, Lepuzca et autres lieux. Cette histoire est confirmée par un autre document, Liscelanes historico-geografica, conservé aux archives de Madrid, qui parle, lui, de 35 navires et 15 caravelles. Ce document évoque également l’utilisation par Jeanne de grandes scies reliées par une sangle pour forcer le barrage établi par la flotte anglaise autour de la Rochelle. Il y est dit que la bataille provoqua la mort de 3000 Anglais et que Jeanne y fut blessée au visage. Une troisième chronique, datant de 1517, reprend la même histoire et donne les noms des ambassadeurs français envoyés par Charles VII. Ces documents attesteraient donc que la Pucelle était encore en vie en 1436.
Mais elle apparaît également ailleurs.
Cologne
Elle apparaît aussi dans des documents conservés par la ville de Cologne, cette même année 1436, dans le courant du mois d’août. Elle devait apporter son soutien à Ulrich de Mandersheid, le candidat à l’archevêché de Trèves soutenu par Philippe le Bon. On peut s’étonner de la voir ainsi au côté du duc de Bourgogne, mais il faut se rappeler que Charles VII et lui avaient signé la paix à Arras en 1435.
Cependant, cette expédition tourne court. Menacée par l’Inquisition, Jeanne est contrainte de quitter Cologne précipitamment.
Henri de Kalteisen était le grand inquisiteur de la foi. Il lui revint très vite aux oreilles qu’une jeune fille se déplaçait sans cesse habillée en homme, portait les armes et avait une tenue négligée  comme un mercenaire de la noblesse. Elle se livrait à la danse avec les hommes, mangeait et buvait avec eux, et dépassait les limites tolérées au sexe féminin. Elle se vantait également de pouvoir et de vouloir faire introniser une personne briguant le siège de l’église de Trèves, comme elle l’avait fait jadis pour Charles, roi des Français.
Ce texte est directement inspiré du Formicarum écrit par Johannes Nieder, l’un des deux dominicains auteurs du tristement célèbre « Marteau des Sorcières », le Malleus Maleficarum, qui fut publié quelques années plus tard et réédité de nombreuses fois malgré son interdiction par le Vatican lui-même en 1490. Le texte de Nieder évoque sans aucune ambiguïté la présence de « la Pucelle de France » en août 1436 à Cologne. Cette présence est corroborée par des documents disponibles aux Archives de Cologne.
Mais ce n’est pas tout…
Jeanne est reconnue par ses frères… et par nombre d’autres personnes
Le 20 mai 1436 – donc avant l’expédition de Cologne –, une femme se faisant appeler Dame Claude fait halte en compagnie d’une poignée de soldats dans un endroit appelé la Grange aux Ormes, situé à St Privat, non loin de Metz. (St Privat est aujourd’hui un quartier de Metz.) Là, un homme reconnaît en elle Jeanne la Pucelle. Après avoir hésité, elle avoue qu’elle est bien cette dernière. Deux des frères de Jeanne, Pierre et Jehan, sont à Metz. On va les chercher. Pierre est devenu chevalier et porte le nom de Pierre du Lys. Jehan est devenu prévôt de Vaucouleurs. Tous deux reconnaissent en cette dame Claude leur sœur – adoptive ou non.
A partir de ce moment, « Dame Claude » va être reconnue par de nombreuses personnes, dont il serait fastidieux de donner le détail, mais dont voici quelques noms :
- Maître Nicolas Louve, qui fut armé chevalier par le roi Charles le jour du sacre, et qui connaissait donc la Pucelle
- Maître Aubert Boulay, notable de Metz
- Nicolas Grognier, gouverneur des remparts de la ville
- Il est à noter aussi que, selon toute vraisemblance, Dame Claude voyageait en compagnie d’un homme appelé Fleur de Lys, qui n’était autre que le chevaucheur, c’est-à-dire le porteur de message de Jeanne.
- Un dénommé Cœur de Lys (à ne pas confondre avec Fleur de Lys), le chevaucheur de la ville d’Orléans.  Ce Cœur de Lys avait bien connu la Pucelle. Après avoir été averti de la présence de la Pucelle à Metz par son frère Jehan, il fera le voyage en seulement quelques jours au mois d’août 1436, l’attendra sur place car elle est au même moment à Cologne. Après l’avoir rencontrée, il reviendra à Orléans en seulement cinq jours pour porter la bonne nouvelle : la Pucelle est toujours vivante.
- Plus tard, lorsque Dame Claude/Jeanne viendra à Orléans, elle sera reconnue par les habitants. Dont maître Thévenon qui avait logé ses compagnons d’armes et qui la connaissait donc bien. Ainsi que Maître Thuillier, qui avait pris les mesures des vêtements qu’elle s’était fait confectionner en 1429. Il l’avait donc approchée de près.
- Mais surtout, elle sera reconnue par la propre mère de la Pucelle, Isabelle, et cela même après la convocation à la Pierre de marbre en 1440, à Paris, où elle est accusée d’imposture.
Il est tout de même surprenant que tant de personnes aient été abusées par une « vague ressemblance ».
Dame Claude reprend son nom de Jeanne et épouse le seigneur Robert des Armoises, ou des Hermoises, en octobre 1436. On la connaîtra désormais sous le nom de Jeanne des Armoises. C’est sous ce nom qu’elle rencontrera le roi en 1440, lequel lui dira : « — Pucelle, ma mie, soyez la très bien revenue, au nom de Dieu qui connaît le secret qui est entre nous. »
Les détracteurs de Jeanne des Armoises s’appuient sur deux éléments :
La Pierre de marbre
En 1440, Jeanne est convoquée à la Pierre de marbre, à Paris, où elle est accusée d’imposture  et de meurtres par un instructeur nommé Jehan Chuffart. Si elle est convaincue d’imposture, c’est la mort qui l’attend. Pourtant, elle repart libre et acquittée. Cela n’empêchera pas le « journal d’un bourgeois de Paris » de se déchaîner contre elle en maintenant son accusation. Mais les auteurs de ce « journal » détestaient tous ceux qui touchaient de près au roi Charles VII. Ils n’étaient donc pas totalement impartiaux. Et surtout, si elle était coupable d'imposture, Jeanne des Armoises serait-elle repartie libre?

La rencontre avec Charles VII
D’après les détracteurs, après que le roi lui eut souhaité la bienvenue, Jeanne des Armoises se serait jetée au pied du roi et aurait avoué son imposture. Mais rien n’est moins sûr, comme on le verra plus loin.
Alors, Jeanne des Armoises était-elle la Pucelle ?
Claude/Jeanne des Armoises a été reconnue par plusieurs dizaines de personnes, dont le roi lui-même et sa propre mère (adoptive ou non). Elle maniait parfaitement les armes, montait très bien à cheval, tout comme la Pucelle. Combien existait-il, à l’époque, de femmes possédant de telles dispositions guerrières ? Sans doute très peu, puisque le métier des armes n’était pas réservé aux femmes. Et dans ce groupe restreint, combien ressemblaient suffisamment à Jeanne au point de mystifier tout le monde, et ce pendant plusieurs années ? La probabilité est véritablement infime.
Il ne s’agit pas uniquement d’une ressemblance physique. Il fallait qu’elle ait la même voix. On peut abuser certaines personnes un temps avec une vague ressemblance, mais la voix d’une personne est vraiment unique. La prétendue fausse Jeanne a dû parler avec ceux qui ont connu la Pucelle. Il y a aussi les souvenirs communs. Avec eux, elle a dû évoquer des batailles, des anecdotes, des personnes disparues. On peut imaginer mystifier un petit groupe d’individus, mais comment une usurpatrice aurait-elle pu abuser autant de monde aussi longtemps ?
Une autre question se pose : comment cette « fausse » Jeanne d’Arc a-t-elle pu savoir qu’elle ressemblait suffisamment à la vraie pour entreprendre d’abuser tous ceux qui l’ont connue ? Il n’existait pas de portrait de la Pucelle. S’il s’agissait d’une usurpatrice ayant découvert par hasard (à la suite d’une rencontre fortuite avec un familier de la Pucelle, par exemple), qu’elle présentait une vague ressemblance avec elle, cette ressemblance, encore une fois, n’aurait pu tenir devant le nombre impressionnant de personnes, et non des moindres, qui l’ont reconnue. Et certainement pas devant celle qui l’avait élevée, Isabelle de Vouthon.

Quant aux prétendus aveux, ils restent sujets à caution et ne prouvent rien, pour les raisons suivantes :
– Pourquoi, au cours du procès de Paris, lorsqu’elle fut entendue à la Pierre de Marbre, la prétendue fausse Jeanne a-t-elle été acquittée ? Si elle avait vraiment été une usurpatrice, elle aurait été condamnée, comme les autres. Une menace de peine de mort pesait sur elle pour « tromperie, imposture et meurtre ». Elle est pourtant repartie libre. Elle portait sur elle-même les preuves de son identité : les blessures qu’elle avait reçues.
– Lorsqu’elle rencontre Charles VII, celui-ci l’accueille en lui disant : Pucelle, ma mie, soyez la très bien revenue, au nom de Dieu qui connaît le secret qui est entre vous et moi. Elle se jette alors à ses genoux et lui demande pardon. D’après l’histoire officielle, elle avoue ensuite son imposture. Mais rien n’est moins sûr. Le texte de témoignage est le suivant :
« Alors, miraculeusement, après avoir entendu ce seul mot, elle se mit à genoux devant le roi en lui criant merci et sur-le-champ confesse toute la trahison dont quelques-uns furent justiciés très âprement comme en tel cas bien il appartient ».
Les historiens officiels ont voulu y voir le fameux aveu d’usurpation, mais il est plus vraisemblable que Jeanne a remercié le roi de lui pardonner l’affaire de Franquet d’Arras, au cours de laquelle elle s’est substituée à la justice royale. Affaire dans laquelle plusieurs dizaines de personnes avaient été « justiciées très âprement » à Paris. S’il y avait véritablement eu aveu d’usurpation, il est probable que la « fausse Jeanne » aurait été arrêtée sur-le-champ. Or, il n’en est rien. Elle est reçue à la Cour, puis repart quelques jours plus tard pour ses terres, sans être inquiétée le moins du monde ! Etonnant, pour une usurpatrice !
Pourtant, malgré tous ces éléments troublants, Jeanne des Armoises est toujours considérée par les historiens classiques comme une vile manipulatrice que l’on charge de tous les défauts. Pourquoi une telle obstination à refuser la possibilité qu’elle ait vraiment pu être la Pucelle d’Orléans ? Tout simplement parce qu’il fallait qu’une Jeanne d’Arc « idéale » fût morte en martyre. Dans la vision très chrétienne que les historiens conservateurs donnent de Jeanne, elle offre l’image d’une petite bergère d’une grande piété. L’idée qu’elle ait pu mourir sur le bûcher après avoir été abandonnée, peut-être même trahie par le roi qu’elle avait porté sur le trône, la rapproche de l’idéal catholique. Ceci explique la position intransigeante des historiens qui refusent de renoncer à cette version. Pour cette raison, ils dénient tout ce qui peut infirmer cette image. Jusqu’à nier parfois certains témoignages d’époque, comme celui d’Hauviette, née en 1411, qui dit que Jeanne avait quatre ans de plus qu’elle. Ce témoignage est rejeté ou ignoré par les orthodoxes. Pourtant, il existe. D’autre part, l’apparition de « Jehanne la Pucelle » dans des textes espagnols datant de 1436 tend à confirmer que notre héroïne nationale n’était peut-être pas aussi morte qu’on veut nous le faire croire. Quant aux aveux d’usurpation de Jeanne des Armoises, ils ne tiennent pas non plus.
Il y a de plus une autre raison : les historiens orthodoxes s’appuient sur le procès en réhabilitation et sur le procès de 1431. Ils ne possèdent pas les documents afférant au procès de Poitiers – certains même nient leur existence –, donc ce qu’ils contenaient ne peut exister. On est en droit cependant de se demander pourquoi, alors que l’on possède différentes versions des deux procès de 1431 et de 1456, on n’en possède aucune du procès de Poitiers.
Il faut donc s’en tenir à la vérité arrêtée par les historiens orthodoxes : Jeanne était une petite bergère de Lorraine et a péri par les flammes le 30 mai 1431. Il n’y a rien à ajouter…
Voire…
N’étant pas historien, je ne me permettrai pas d’affirmer officiellement que Jeanne la Pucelle et Jeanne des Armoises ne sont qu’une seule et même personne, mais on ne peut nier les éléments déconcertants qui relient les deux personnages et les rejeter simplement parce qu’ils sont embarrassants.
Cela n’empêche pas les historiens orthodoxes d’éluder l’énigme « Jeanne des Armoises » en deux ou trois lignes, sans jamais approfondir le sujet. Voir à ce sujet le numéro hors série du Figaro Magazine consacré à Jeanne d’Arc en ce début 2012.

LE PROCES EN REHABILITATION

Ce procès est en lui-même sujet à caution. Voici ce que dit Jean Bancal, auteur de "Jeanne d’Arc princesse royale".
« Le procès de réhabilitation a eu pour objet non de réhabiliter Jeanne telle qu’elle fut réellement, avec la personnalité qui était sienne, avec le feu sacré qui l’animait et avec la noblesse de ses élans, mais d’imposer définitivement à l’histoire l’image déformée, plus attendrissante qu’exaltante, que Charles VII voulait léguer d’elle à la postérité. »

Pourquoi ce procès a-t-il eu lieu ? On pourrait penser que le roi Charles VII a eu le souci de laver la mémoire de Jeanne, qui restait sous le coup d’une condamnation d’hérésie. En réalité, ce n’était pas elle que le roi voulait réhabiliter, mais bien lui-même. Au regard de l’Histoire, il restait le roi qui devait son trône à une hérétique.
Jeanne des Armoises meurt le 4 mai 1449. Quelques mois plus tard, Charles demande à Guillaume Bouillé, recteur de l’Université de Paris, de mener une enquête sur le procès de 1431. Dès le mois de mars, Bouillé remet au roi un rapport mettant en valeur les vices de forme. Cependant, en courtisan prudent et zélé, il prend soin de ménager les juges qui avaient pris part au procès vingt plus tôt. Nombre d’entre eux étaient toujours vivants et occupaient désormais des postes importants. Beaupère avait été nommé recteur de l’Université de Paris, Courcelles, qui avait préconisé l’usage de la torture à l’époque, était doyen du chapitre de Notre-Dame. Seul Pierre Cauchon, décédé en 1444, est chargé de tous les maux, de toutes les erreurs. Il devient le principal responsable de la mort de Jeanne. On était tranquille, il ne pouvait plus se défendre! En conclusion, Guillaume Bouillé écrit :
« Les personnages consultés ont été égarés par un faux exposé des faits. Par suite, le jugement tout entier, avec ce qui s’en est suivi, est dénué de toute force et valeur. Le procès doit donc être révisé.
Fort de ce rapport, Charles VII charge, en 1452, le cardinal d’Estouville de mener une enquête préliminaire auprès des témoins rouennais, parmi lesquels on remarque le frère Ladvenu et le frère Toutmouillé, qui n’avaient pas joué un grand rôle dans le procès.  
Le recueil des témoignages est rondement mené, puis le Grand Inquisiteur de France, Jean Brehal, écrit une lettre au pape Nicolas V, sans dissimuler que ce procès en réhabilitation devait se faire dans l’intérêt du roi.
« L’honneur de Sa Royale Majesté a subi naguère de la part de ses ennemis anglais un dommage énorme, du fait qu’après avoir capturé la simple et pure Pucelle qui, par la grâce de Dieu, avait combattu pour sa cause, ils lui intentèrent un procès en matière de foi au terme duquel, et, au vitupéré du roi et du royaume, ils la firent ignominieusement périr par le feu.

Toutefois, le pape Nicolas V, qui n’ignore pas ce qui s’est passé en 1431, fait traîner les choses. Il répond au roi qu’il n’a pas qualité pour demander la révision du procès, car cette révision ne pouvait venir que de la famille de la condamnée elle-même.
Le roi nomme alors un procureur, Maître Guillaume Prévosteau, qui établit un document de demande en révision et se rend à Orléans pour le faire signer – d’une croix – à Isabelle de Vouthon, qui devient ainsi la mère officielle de Jeanne. Il ne fallait surtout pas que l’on puisse établir un lien de parenté entre Jeanne et le roi. On pourrait s’appuyer sur cet élément pour en déduire que Jeanne était bien la fille d’Isabelle et de Jacques d’Arc. Mais, curieusement, Maître Prévosteau prend la précaution de rajouter quelques lignes insolites en latin signifiant :
« S’il est interdit de mentir, il est cependant licite de cacher la vérité, suivant le lieu et le temps par une bonne fiction ou par une expression détournée. »
Pourquoi a-t-il écrit ces lignes ? Elles n’auraient pas eu lieu d’être si Jeanne avait bien été la fille d’Isabelle. En revanche, si l’on  considère que l’on voulait à tout prix taire sa parenté avec Charles VII…
Pourtant, le document ne suffit pas à inciter Nicolas V à promulguer le rescrit permettant la révision du procès. Lorsqu’il meurt, au printemps de l’année 1455, il est remplacé par le pape Calixte III, le premier pape de la dynastie des Borgia. Charles VII renouvelle sa demande et obtient très vite satisfaction : le rescrit est édicté à peine deux mois après l’élection. La raison de cette hâte est simple : le 29 mai 1453, les Turcs se sont emparés de Constantinople ; Calixte III, qui espère convaincre Charles VII de participer à la croisade qu’il veut organiser contre eux, n’a pas de service à lui refuser.
C’est dans ce document émis par le pape que Jeanne est désignée pour la première fois sous le nom de Jeanne d’Arc alors qu’elle ne s’est jamais fait appeler ainsi de son vivant. Le procès en réhabilitation s’ouvre avec faste le 7 novembre 1456. Y assistent même ses anciens accusateurs. Trois enquêtes sont diligentées, à Vaucouleurs, à Orléans et à Paris. A Vaucouleurs, on interroge quarante-quatre personnes, parmi lesquelles Jean de Novellempont et Bertrand de Poulangy, ainsi que nombre d’amies d’enfance de Jeanne. Curieusement, alors que dans un procès en réhabilitation, le sujet principal devrait être le réexamen des crimes imputés au condamné afin de démontrer son innocence, cet aspect est complètement laissé de côté pour se concentrer sur l’identité de Jeanne. Les témoins, qui doivent répondre à des questionnaires préparés à l’avance, font des témoignages étrangement semblables, qui tous tendent à démontrer que Jeanne a été une petite fille très sage, qui aimait ses parents et préférait aller prier à l’Eglise que de jouer avec ses camarades. Tous ces témoignages attestent que Jeanne était bien la fille de Jacques d’Arc et d’Isabelle « Romée » de Vouthon.
Nulle part on ne parle de ses « crimes »…
A propos de ces témoignages, Jean Bancal fait justement remarquer que les historiens orthodoxes commettent une erreur en s’appuyant sur eux. Il écrit : « S’il n’y avait eu aucun doute sur la naissance paysanne de Jeanne, quel besoin y aurait-il eu de la faire certifier par une quarantaine de villageois de la vallée de la Meuse ?
Autre élément singulier : plusieurs personnes qui pourtant auraient pu en révéler beaucoup sur Jeanne, ne sont pas interrogées comme témoins. Parmi elles, sa mère « officielle », Isabelle de Vouthon, à qui on s’est contenté de demander sa signature pour la demande de révision du procès. Pourtant, qui aurait pu mieux la connaître que sa propre mère?
De même, ses deux frères, Pierre et Jehan, ne sont pas entendus, alors qu’ils l’ont accompagnée pendant sa campagne guerrière depuis Orléans. Pierre fut capturé avec elle à Compiègne. Plus étonnant encore, c’est Jehan qui, en tant que prévôt civil du diocèse de Toul, est chargé de pratiquer les interrogatoires ! Il en sait pourtant bien plus que les témoins. Le capitaine Robert de Baudricourt ne figure pas lui non plus au rang des témoins. Il avait pourtant bien connu Jeanne. Mais il avait aussi connu Jeanne des Armoises...
Le procès en réhabilitation, ainsi mené, établit clairement que Jeanne était bien une jeune bergère de Domrémy, née de paysans, qui avait été « choisie par Dieu » pour lui porter la bonne parole selon laquelle il était « vrai roy de France », et qui l’aida à reconquérir son trône en libérant Orléans et en le menant sacrer à Reims.
En revanche, tout ce qui se passa ensuite, à partir du moment où Jeanne quitta Sully à l’insu du roi pour mener sa propre guerre, est purement et simplement occulté.
Ainsi naquit la légende…
Une légende qui puise ses racines dans les deux procès de 1431 et de 1456. Quant au premier, celui de Poitiers, toute trace semble en avoir disparu, même en 1456. Il devait pourtant en exister des copies.
Jean Bancal s’étonne à juste titre que les pièces du procès de Poitiers n’aient pas été versées au dossier. Si Jeanne avait bien été la fille de modestes paysans lorrains, elle en aurait parlé au cours des interrogatoires de Poitiers. Ce document aurait alors constitué une pièce maîtresse du procès de réhabilitation. Or, ce procès de Poitiers est délibérément ignoré. On est en droit de se demander pourquoi. Que révélait-il de si extraordinaire pour que l’on ait pris si grand soin de l’écarter ?
Henri Martin lui-même, que l’on ne peut soupçonner d’appartenir au clan des bâtardisants, bien au contraire, a noté les invraisemblances de ce procès en réhabilitation. Il a écrit :
« Si nous savons la vérité sur l’opinion que Jeanne avait elle-même de sa mission, ce n’est pas grâce au procès de réhabilitation, c’est malgré ce procès. On évita tout interrogatoire sur les évènements de la fin de 1429 et sur ceux de 1430 et l’on restreignit le plus possible ce qui regardait la célèbre enquête de Poitiers. On dispensa de comparaître certains témoins ou l’on supprima leurs dépositions.

CONCLUSION

Charles VII laissa ainsi dans l’Histoire une image de la Pucelle correspondant à l’idée qu’il avait souhaitée. Toutefois, certaines personnes ne furent pas dupes. Nous revenons à ce qu’écrivit le pape Pie II :
« Etait-ce œuvre divine ou humaine ? Il me serait difficile de l’affirmer. Quelques-uns pensaient que les Anglais prospéraient, les grands de France étaient divisés entre eux, sans vouloir accepter la conduite de l’un des leurs ; peut-être que l’un d’eux, plus sage et mieux éclairé, aura imaginé cet artifice, de produire une vierge divinement envoyée, et à ce titre réclamant la conduite des affaires. Il n’est pas un homme qui puisse refuser d’avoir Dieu pour chef ; c’est ainsi que la direction de la guerre et le commandement militaire ont été remis à la Pucelle. »
Et aujourd’hui, les questions subsistent encore :
- Jeanne était-elle vraiment une petite bergère de Lorraine ?
- Est-elle morte sur le bûcher en 1431 ?
- A-t-elle survécu sous le nom de Jeanne des Armoises ?
Ces interrogations sont-elles vraiment un « tissu de mensonges », comme le proclament les historiens attachés à la légende ?
A vous de juger…
Pour finir, une anecdote surprenante : à la fin de la Guerre de Cent Ans, la paix n’a jamais été signée entre la France et l’Angleterre, et les souverains anglais ont continué de porter le titre de « roi de France et d’Angleterre », jusqu’au début du XIXème siècle. Il est à remarquer que la France est citée en premier.


 
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