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LA BELLE ET LA BETE
ORIGINE DU MYTHE


L’histoire dont Jean Cocteau a tiré son film, LA BELLE ET LA BETE, date du Dix-huitième siècle. Il s’est inspiré d’un conte écrit en 1755 par Mme Leprince de Beaumont. Mais elle-même avait réécrit, d’une manière plus adaptée aux enfants, un court roman datant de 1740, dont l’auteur était Mme de Villeneuve. Ce roman faisait partie d’un recueil intitulé La jeune Amériquaine (sic) et les contes marins.
Dans la première version, il existe dans les relations entre la Belle et la Bête un aspect inexprimé, une sensualité latente qui fut expurgée par Mme Leprince de Beaumont. Dans son adaptation, la Bête pose chaque soir à la Belle la question suivante : « Voulez-vous m’épouser ? » Dans le roman originel de Mme de Villeneuve, la question est : « Voulez-vous coucher avec moi ? »
Cette phrase est à double sens. Le sens premier signifie simplement : « Acceptez-vous de dormir à mes côtés ? » En effet, la Bête est frappée par une malédiction et la condition à remplir pour la faire tomber est que la Belle accepte sans aucune contrainte de « coucher avec elle », c’est à dire s’endormir à ses côtés. Il s’agit bien entendu là du sens naïf, moral. Mais derrière ce sens primaire se dessine une autre idée, celle de l’attirance inavouée de la Belle pour un personnage hors du commun, une attirance qui fait aussi appel au désir et à la sensualité.
C’est cet aspect que j’ai eu envie de traiter lorsque j’ai revu le film de Jean Cocteau il y a une quinzaine d’années. J’ai tout d’abord écrit un scénario, car je n’imaginais pas un instant pouvoir tirer un roman de cette histoire. Malheureusement, ne possédant aucune relation dans le milieu du cinéma. Je me suis contenté d’achever le scénario et j’ai laissé dormir le manuscrit dans mes tiroirs. Jusqu’à fin 1999, où j’ai fait la connaissance de Dominique Marny, la petite nièce de Jean Cocteau. Après lecture du scénario, elle m’a suggéré d’écrire le roman. Ce que j’ai fait.
Si j’ai conservé les grandes lignes de la trame originelle du conte, je les ai « habillées » d’une manière totalement personnelle. Tout d’abord, l’action est transposée dans l’Antiquité, et dans un environnement maritime. La Bête ne vit plus dans une forêt, mais sur une île, touchée elle aussi par la malédiction qui frappe son prince. Cet artifice me permet de faire intervenir des divinités marines, tritons et naïades, ainsi que des dauphins et le dieu du vent Eole. La fée qui protège la Belle devient ici Cythérée, c’est à dire Aphrodite, la déesse de l’amour. J’ai conservé également le symbole de la rose, qui est toutefois utilisé d’une façon complètement différente.
J’ai apporté diverses modifications. La plus importante est le mélange de l’histoire avec le conte de l’auteur latin Apulée, « Cupidon et Psyché ». Psyché épouse un homme sans l’avoir jamais vu. Elle ignore qu’il s’agit du dieu de l’amour lui-même. Celui-ci lui impose de ne jamais tenter de voir ses traits. étonnée, elle craint d’avoir épousé un homme laid, mais, dans la nuit, elle se rend compte en le touchant qu’il est au contraire très beau. Bien entendu, ses soeurs jalouses sèment le doute dans son esprit. Psyché résiste, puis finit par tomber dans le piège. Cupidon la chasse, et Psyché devra subir plusieurs épreuves imposée par Vénus, mère du dieu, pour le reconquérir.
J’ai retenu de ce conte l’idée que le prince ne vit pas toujours sous sa forme animale. La nuit, lorsqu’aucune lumière ne le touche, il redevient un être humain jeune et beau. Ce qui donnera lieu à une scène forte du roman. Après leur séparation, provoquée par Féronna, un personnage incarnant le Mal, la Belle conserve dans ses doigts le souvenir des traits véritables de son mari. Le parc du palais abrite un atelier de sculpture. Là, les yeux fermés, et guidée par l’amour qui refuse de s’éteindre en elle, elle reconstitue, grâce à sa seule mémoire tactile, le portrait du prince.
L’aspect physique de la Bête est aussi différent. C’est un mélange de chauve-souris et de serpent, deux animaux chargés de symboles, notamment sur le plan de la sexualité.
Par ailleurs, les personnages sont traités de manière résolument moderne. Ainsi, le prince ne se sent pas responsable de son état, et le prend au contraire comme un défi à relever. En effet, la malédiction peut disparaître « s’il parvient à se faire aimer de la plus belle fille du monde ». Il y a, dans son caractère, non pas de la honte et de la soumission, comme dans le film de Cocteau, mais de la fierté, voire de l’orgueil. Lorsque la Belle rompt le pacte en ouvrant les rideaux de leur chambre sur la pleine lune, il estime qu’elle l’a trahi et la repousse.
La Belle conserve le côté généreux de son caractère, mais il s’y ajoute une combativité qui n’existe pas dans les versions précédentes. Par amour, elle est prête à se battre, et demande au vieil intendant du palais, le seul ami du prince, de lui enseigner le métier des armes. Elle n’hésitera pas à livrer combat pour défendre son mari affaibli.
J’ai créé un personnage particulier pour incarner le Mal, celui de Féronna. C’est une femme à l’âge indéfinissable, très belle, au caractère ambiguë, qui parvient, par un jeu subtil de manipulation, à attirer la sympathie de la Belle. Le but de Féronna est de la détruire en nouant une relation amoureuse avec elle, afin de provoquer sa déchéance. Mais elle tombera elle-même dans son propre piège, nourrissant pour la Belle un mélange d’amour et de haine, une passion destructrice qui la perdra.
Le décor lui aussi revêt une importance particulière. L’île est un monde clos qui subit la malédiction tout comme son prince. Ainsi, des brumes lourdes et épaisses rampent en permanence sur l’île ; elles s’estompent cependant à mesure que l’amour s’épanouit entre la Belle et la Bête, reviennent lorsqu’ils se repoussent.
Le livre est sorti le 3 novembre 2000. Je n’ai pas perdu tout espoir d’en voir tirer un film, et j’envisage également d’adapter l’histoire sous forme de bande dessinée, en collaboration avec l’illustratrice Séverine Pineaux, qui a réalisé la couverture du roman. La sérigraphie de cette couverture est disponible à l'achat sur son propre site: www.pineaux.com.


 
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