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LE SECRET INTERDIT


Aéroport de Los Angeles...
- La bombe explosera dans vingt-cinq minutes, Monsieur !
- Parfait ! à ce moment-là, l’avion sera au-dessus des Rocheuses. Il y a déjà plus de cent vingt personnes à bord. Il est inutile d’ajouter des victimes supplémentaires au sol.
Une chaleur éprouvante baignait l’aéroport de Los Angeles. À travers l’immense baie, on distinguait les énormes appareils en partance pour le monde entier. Un ballet impressionnant amenait un transport toutes les deux minutes, contraignant les contrôleurs aériens à une vigilance constante, génératrice de stress. De l’autre côté d’une cloison vitrée, les passagers attendaient le signal de l’embarquement. Le gros homme qui donnait les ordres les observa d’un œil glacé. Il avait lui-même pris la décision de les envoyer à la mort, mais il n’avait pas le choix. Il espérait seulement que Lebster ne s’était pas trompé, et que la... cible allait bien embarquer.
Un doute l’envahit soudain. Il se tourna vers l’individu grand et sec qui le secondait. Un soldat parfait, qui agissait sans état d’âme. De ce côté, il n’avait aucun souci à se faire : un conditionnement sans faille l’avait préparé à ce genre de mission.
- Avez-vous vérifié qu’aucun des nôtres ne se trouve à bord ?
L’autre prit un air étonné.
- Vous ne me l’avez pas demandé, Monsieur. Je ne dispose d’ailleurs d’aucun moyen de vérification.
Le gros homme poussa un soupir, puis acquiesça.
- C’est vrai. Il y a d’ailleurs très peu de chances, mais il vaut tout de même mieux s’en assurer.
Il sortit de sa mallette un ordinateur portable miniaturisé. Après quelques manipulations, la liste des passagers apparut à l’écran. Une nouvelle série de manœuvres fit ressortir un nom.
- Bordel ! Il y en a un. Il s’appelle John W. Mac Carthy. Il faut l’empêcher de prendre cet avion.
Le gros homme tapa d’autres commandes.
- Il a un cellulaire ! Un coup de veine.
Il composa le numéro affiché à l’écran. L’instant d’après, un homme aux cheveux gris sortait son portable de l’autre côté de la vitre.
- Ici l’oncle César, dit le gros homme. Magnifique journée, n’est-ce pas ?
- Bonjour, mon oncle. Un peu de fraîcheur serait la bienvenue ! répondit son interlocuteur.
- Cependant, il serait souhaitable pour vous de renoncer à ce vol.
L’autre marqua une seconde d’étonnement, puis acquiesça :
- Bien, merci !
De l’autre côté de la vitre, le nommé Mac Carthy se dirigea lentement vers la sortie, trouva un prétexte pour quitter la salle d’embarquement, puis se fondit dans la foule. Le gros homme hocha la tête d’un air satisfait. Puis il reporta son regard sur la foule des passagers. Bien qu’il y eût des enfants parmi eux, il n’en éprouvait aucun remords. La vie de cent vingt personnes n’avait aucune valeur face au danger représenté par la cible. Il espérait seulement que celle-ci n’aurait aucun soupçon. Mais toutes les précautions avaient été prises afin de ne pas donner l’éveil. Cette fois, il était sûr de réussir. On avait même prévu de désigner un coupable, un passager du nom de Cyrus Fletcher, activiste de gauche qui avait déjà eu maille à partir avec le FBI, et qui avait actuellement de gros problèmes avec le fisc. Un individu comme ça pouvait très bien péter les plombs et vouloir se venger de la société d’une manière spectaculaire. Les éléments d’enquête l’accusant étaient déjà prêts.

- Mesdames et Messieurs les passagers du vol 4136 à destination de New York sont invités à monter à bord.
Karen Halden saisit la main de sa fille Salomée et, suivant la foule, se dirigea vers les couloirs d’embarquement.
- Maman, tu crois que papa nous voit ?
- Certainement, ma chérie. Depuis le Ciel, on voit tout ce qui se passe sur Terre. Et je suis sûre que ton papa nous observe et nous protège.
- Alors, je n’aurai pas peur.
Karen serra un peu plus la main de sa fille.
- Je sais que c’est la première fois que tu prends l’avion, mais tu es courageuse. Tu verras, c’est amusant. Et puis, ton oncle Peter sera tellement heureux de nous revoir.
Karen retint les larmes qui lui brûlaient les yeux. Ce voyage, prévu depuis un an, elle aurait dû le faire en compagnie d’Alan. Elle serra les dents pour ne pas céder à la douleur. Le chauffard imbécile et criminel qui avait fauché son mari sur le trottoir avait pris la fuite. La police l’avait recherché, mais n’avait retrouvé qu’un véhicule volé, et marqué de sang. Seul Dieu saurait punir le coupable. Un jour. Mais à quoi bon ? Jamais Alan ne reviendrait.
Guidées par une hôtesse, Karen et Salomée prirent place. Près du hublot était installée une femme que la fillette trouva très belle, avec ses longs cheveux noirs noués en queue de cheval. La femme lui sourit.
- Oh, dit Salomée, tu as des yeux verts magnifiques !
- Merci ! Mais les tiens sont très beaux aussi.
- Je m’appelle Salomée Halden ! Et voici ma maman, Karen.
- Bonjour, Karen, répondit l’inconnue, amusée par la spontanéité de la petite fille.
- Nous allons à New York, chez mon oncle Peter !
- Salomée, n’ennuie pas la dame !
- Elle ne m’ennuie pas, rassurez-vous.
La passagère tendit la main vers Karen, qui la serra un peu timidement.
- Mon nom est Sarah Livingstone, se présenta-t-elle.
Karen répondit d’un sourire un peu crispé. Elle n’avait guère envie de parler du drame qui avait détruit sa vie. Sarah dut le sentir, qui retira sa main en inclinant légèrement la tête.
À la dérobée, Karen observa sa voisine. Rarement elle avait contemplé une femme aussi belle. Une fraction de seconde, son regard avait croisé le sien, et une sensation de plénitude l’avait pénétrée. Salomée avait raison : cette femme avait des yeux extraordinaires. Et la peau de son visage ne présentait aucune imperfection. Karen pensa qu’il s’agissait là du résultat d’un travail remarquable de chirurgie esthétique, mais la femme ne portait aucune trace de maquillage, à part une légère marque de khôl autour des yeux. Elle n’était donc pas obsédée par son apparence. Elle avait beaucoup de chance de posséder une peau pareille.
- Tu vas aussi à New York ? lui demanda soudain Salomée.
- Oui, je vais rejoindre mon fils.
- Tu as un fils ? Moi, j’ai sept ans ! Et ton fils, il a sept ans aussi ?
- Non ! Il est... un peu plus âgé.
- Comment il s’appelle ?
- Loup ! Comme l’animal. Mais... il ne mange pas les petites filles.
- Ben heureusement ! Et ça, c’est quoi ?
- Salomée, tu es trop curieuse ! intervint Karen.
- Laissez ! J’adore les enfants.
La fillette désignait, autour du cou de Sarah, une mystérieuse croix en or, dont la branche supérieure était remplacée par une boucle.
- C’est l’Ankh, un symbole égyptien très ancien. Il représente la force de la vie et l’immortalité.
- Je connais l'Égypte. J’ai vu des dessins animés qui parlaient des pyramides. Tu es égyptienne ?
- Non, je suis américaine. Mais ma famille est originaire de là-bas.
- Et toi, tu es née où ?
- à New York, tout simplement.
- Salomée ! Tu n’es pas de la police ! Laisse la dame tranquille.
- Bien, maman. Excusez-moi, Madame !
- Tu peux m’appeler Sarah.
Quelques instants plus tard, l’avion gagna la piste d’envol, s’immobilisa en bout de piste. Les réacteurs lancés au maximum firent entendre un vacarme infernal, puis l’avion s’élança. Une poussée puissante cala Salomée sur son siège. La fillette ne put retenir un cri de stupeur. Peu rassurée, elle saisit la main de sa mère et, de l’autre côté, celle de Sarah. Lorsque l’avion quitta la piste, elle s’exclama :
- Waouh ! C’est super ! Encore mieux qu’à Disneyland !
Elle se tourna vers Karen.
- Maman, tu crois que si on montait assez haut, on pourrait voir papa ?
- Je ne pense pas, ma chérie. Il est... bien plus haut que nous ne pourrons jamais aller.
- Même dans une fusée ?
- Même dans une fusée.
Comme pour s’excuser, Karen dit à sa voisine :
- J’ai perdu mon mari il y a deux mois. Plus rien ne me retient ici. C’est pourquoi nous allons chez mon frère, à New York. Je veux refaire ma vie là-bas.
- Je suis désolée, répondit Sarah.
Curieuse, Salomée se pencha pour apercevoir le sol qui s’éloignait de plus en plus vite.
- Les immeubles sont tout petits. On ne voit même plus les voitures.
Bientôt, l’avion atteignit son altitude de croisière. Sous ses ailes, la cité tentaculaire s’estompa, faisant place à la Sierra Nevada. Une hôtesse passa pour proposer des rafraîchissements et présenter le film. Salomée demanda un Coca.
Au moment où l’hôtesse lui tendait sa boisson, un bruit assourdissant retentit. L’instant d’après, le monde bascula dans l’aberration la plus totale. Des cris de panique explosèrent, vrillant les oreilles de la petite fille. Devant elle tomba un objet gigotant au bout d’un tuyau ; elle ne savait pas qu’il s’agissait d’un masque à oxygène. Elle se sentit soudain soulevée de son siège, aussitôt retenue par la ceinture que sa mère avait passée autour de sa taille avant le décollage. Puis elle retomba et une force irrésistible la maintint plaquée contre le dossier. Sans rien comprendre, elle vit le visage souriant de l’hôtesse se déformer sous l’effet de la peur, puis un souffle infernal aspira la jeune femme vers l’arrière, hors de la vue de l’enfant. Près d’elle, sa mère hurlait. Une lumière étrange avait envahi l’appareil. Salomée n’avait pas peur. Pas encore. Tout allait trop vite, comme dans un cauchemar. Elle se retourna pour tenter d’apercevoir ce qu’était devenue l’hôtesse. Elle comprit alors l’origine de la lumière inquiétante : la queue de l’avion avait disparu, faisant place à un vide béant, ouvert sur un ciel immuablement bleu. Des flammes folles étirées en longues banderoles constituaient une couronne de feu autour de ce qui restait du fuselage. Des passagers qui n’avaient pas cru bon de maintenir leur ceinture attachée étaient inexorablement arrachés à leur siège et emportés vers cette couronne infernale, en compagnie d’une tornade d’objets aspirés hors des compartiments à bagages.
Salomée entrevit l’hôtesse agrippée à un fauteuil, quelques rangées plus loin. Ses traits étaient méconnaissables, sa peau se couvrait de sang. Elle eut le temps de voir la malheureuse lâcher prise et disparaître, avalée par le gouffre de lumière, puis quelqu’un plaqua l’objet gigotant sur son visage. L’instant d’après, l’avion bascula vers le sol en une chute vertigineuse. Enfin gagnée par la terreur, Salomée vit les montagnes se rapprocher à une allure affolante, droit devant l’appareil.

Les montagnes Rocheuses, dix jours plus tard....
Les sauveteurs errant dans les décombres de l’avion pouvaient enfin dresser un bilan. Sur les cent vingt-neuf passagers et membres d’équipage, on n’avait retrouvé aucun survivant. Cependant, malgré tous les efforts réalisés, douze corps restaient introuvables.
Un homme de haute taille, au visage taillé au couteau et aux yeux sombres, ne cessait de harceler les secouristes et les pompiers pour obtenir des informations.
- Écoutez, Monsieur, nous faisons notre possible. Plusieurs victimes ont été éjectées de l’avion immédiatement après l’explosion. Il y en avait sur plus de deux kilomètres. Cette région est un plateau creusé de gorges profondes parcourues par des torrents. Avec les pluies abondantes qui sont tombées dernièrement, il est probable que les corps ont été emportés. Il faudrait des mois pour fouiller toute la région, sans même être sûr de les retrouver.
- Quels sont les noms des personnes manquantes ?
- Consultez la liste ! répondit le pompier, agacé.
L’homme de haute taille parvint enfin à se procurer la liste en question. Rejoignant son compagnon à forte corpulence, qui n’avait pas daigné quitter l’hélicoptère militaire qui l’avait amené, il déclara :
- Karen Halden et sa fille Salomée.
- Aucun intérêt.
- Abraham et David Kleinberg.
- Non !
- Sarah Livingstone !
Le gros homme blêmit.
- C’est elle ! Putain de salope ! Elle nous a échappé.
- Monsieur... l’avion a explosé avant même de toucher le sol... Que vouliez-vous qu’elle fasse ?
- Je vous dis qu’elle s’en est sortie.
- Mais c’est impossible ! Il ne s’est pas écoulé plus d’une minute entre l’explosion de la bombe et le crash. Elle n’avait même pas le temps de passer un parachute.
Le gros homme le regarda fixement puis souffla :
- Vous n’avez aucune idée de ce dont ces créatures sont capables !

A SUIVRE...

 
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