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MOÏSE LE PHARAON REBELLE
PREMIER CHAPITRE


« Les Égyptiens désignèrent alors des chefs de corvée pour accabler le peuple d’Israël en lui imposant certains travaux... »
(EXODE 1-11)


Pi-Ramsès, 1226 avant J.C...
En cette année, cinquante-troisième du règne d’Ousermaâtrê Setepenrê, le Grand de victoires, le Taureau puissant Ramsès II, l’Égypte connaissait une ère de paix depuis l’an Vingt et un, date à laquelle Pharaon et le roi hittite Hatousil avaient signé un traité de Fraternité belle et paix belle pour l’éternité. Le Double-Royaume, terre d’asile et de prospérité, attirait nombre d’étrangers venus de la lointaine Nubie, au sud, de la Libye, à l’ouest, mais surtout de Palestine, de Mésopotamie ou d’Anatolie. Des tribus entières abandonnaient leur vie nomade pour proposer leurs bras aux bâtisseurs. Il en était ainsi des Apirous, arrivés en terre de Kemit à l’époque de Séthi 1er, fils de Ramsès 1er.
À l’origine, l’un d’eux, nommé Joseph, avait été vendu comme esclave par ses frères, jaloux de la préférence que lui témoignait leur père, Jacob, aussi appelé Israël. Cependant, comme beaucoup d’esclaves, il avait été rapidement affranchi par son maître. Puis son intelligence lui avait valu d’occuper un poste important auprès de Sa Majesté. Après avoir fait fortune et épousé une Égyptienne, Asnat, il avait pardonné à ses frères et demandé à Pharaon l’autorisation d’immigrer pour sa famille. Séthi, qui appréciait la sagesse et la générosité de Joseph, avec accepté avec bienveillance. Depuis, la tribu s’était installée à l’est du delta, en cet endroit où Ousermaâtrê Setepenrê avait fait bâtir sa ville de Pi-Ramsès, ce qui signifie la Maison de Ramsès. Les Apirous avaient amené avec eux leurs troupeaux de moutons et de chèvres, qu’ils faisaient paître dans les champs marécageux entourant la cité, au grand dam des paysans égyptiens qui préféraient les vaches, animaux sacrés, images de la maternité et de la belle déesse Hathor. Parfois, des conflits éclataient entre les deux communautés, et il fallait toute l’habileté des anciens du clan apirou pour calmer l’ardeur bouillonnante des jeunes hommes, fiers jusqu’à l’arrogance. Ils n’admettaient pas de céder devant les Égyptiens et supportaient encore moins d’être accusés de tous les maux, chapardages, viols et autres crimes qui de temps à autre secouaient la ville.
En cette fin du mois de Thôt, premier de la saison de l’Inondation, Akhet, la chaleur était devenue insupportable. La crue fertilisante du Fleuve-dieu avait transformé la vallée en un lac immense aux eaux ocre et malodorantes. Malgré leur fatigue, les paysans s’étaient empressés d’ouvrir les digues au flot régénérateur. Puis, comme chaque année à cette période, ils avaient dû abandonner le travail de la terre. Depuis des temps immémoriaux, ils occupaient ce moment de désœuvrement forcé à la construction des palais, temples, maisons de vie ou tombeaux des rois et autres grands personnages de la Vallée sacrée. En échange, ils recevaient le pain et la bière, qui constituaient la nourriture de base, et des mesures de grain pour ensemencer les champs.
De grosses mouches harcelaient les ouvriers qui travaillaient à l’édification du nouveau temple du Protecteur de l'Égypte, Seigneur des Deux-Terres. Ousethi, le contremaître, était lui-même harcelé par le seigneur Merihor, architecte et surtout courtisan, qui exigeait chaque jour un peu plus, et trépignait lorsqu’il estimait que les travaux n’avançaient pas. Mais à qui la faute ? Ce pantin fardé à outrance avait exigé que l’on embauchât tous les ouvriers disponibles. Malheureusement, ici, dans le Delta, une bonne partie des paysans gardaient les troupeaux, dont, crue ou pas, il fallait s’occuper. Alors, Ousethi avait dû recruter des hommes parmi les Apirous. Il détestait foncièrement ces chiens de nomades, qui vivaient dans la puanteur au milieu de leurs chèvres et de leurs moutons. D’ailleurs, ne les nommait-on pas les « Poussiéreux » ? Le dieu bon Séthi 1er avait eu tort d’autoriser ce ramassis de bergers malodorants à s’installer dans le Delta. Depuis leur arrivée, ils s’étaient multipliés, engendrant des enfants comme s’ils avaient voulu repeupler Kemit à eux seuls. Leur quartier empiétait chaque jour un peu plus sur le territoire choisi pour bâtir la cité de Pi-Ramsès, comme une tumeur purulente. Ces chacals errants n’étaient que voleurs et fauteurs de troubles. S’il n’avait tenu qu’à lui, Ousethi, on aurait flanqué le feu à ce cloaque pestilentiel.
Mais Sa Majesté était trop bonne et traitait cette racaille au même titre que les Égyptiens, leur offrant un salaire identique à celui des paysans. Sur le moment, le contremaître avait pesté contre cette décision. Puis elle lui était apparue comme une nouvelle aubaine. Après tout, n’avait-il pas la responsabilité de répartir les rémunérations ? Il avait déjà pris l’habitude de garder pour lui une part qui, en théorie, aurait dû revenir aux Égyptiens. Avec les Apirous, il ne s’était pas privé d’augmenter cette prise de bénéfices personnels, qu’il estimait mériter amplement pour être ainsi obligé d’accepter des fainéants d’étrangers parmi ses ouvriers. Bien sûr, si l’affaire venait à être découverte, la justice royale risquait de s’abattre sur lui. Mais de cela il se souciait peu. Jamais personne ne venait vérifier les comptes, et surtout pas Merihor, qui ignorait les rouages subtils de la comptabilité. Il ne s’y entendait d’ailleurs guère plus en architecture, laissant le soin d’établir le détail des plans à de jeunes architectes issus du peuple, mais efficaces et talentueux, qu’il gardait avec férocité sous son contrôle, conservant pour lui seul la gloire du regard bienveillant et reconnaissant de Pharaon.
Et voilà que ces maudits Apirous, jugeant qu’ils étaient payés une misère, prétendaient cesser le travail ! Un flot de rage avait envahi Ousethi lorsque Kheperi, son serviteur, était venu lui annoncer que ces scélérats avaient arrêté de transporter les blocs de granit et de calcaire. Par voie de conséquence, les maçons, faute de matériaux, se trouvaient eux aussi désoeuvrés. Transporter les blocs ! C’était bien là tout ce que ces chiens d’étrangers étaient capables de faire !
Furieux, le contremaître fit appeler le capitaine Madrali, un descendant de Hittite dont il avait fait le chef de sa garde personnelle. L’homme se présenta aussitôt. Ses yeux rapprochés, profondément enfoncés dans les orbites luisaient comme ceux d’un carnassier à l’affût de sa proie. Madrali avait su réunir autour de lui un noyau de soldats sans état d’âme, rompus à l’art du combat, et recrutés parmi les plus fortes têtes des régiments de Ramsès II. Ousethi savait pouvoir s’appuyer sur cette phalange de guerriers impitoyables, qu’il prenait soin de rémunérer grassement afin de protéger son petit trafic.
- Tu m’as fait demander, Seigneur !
- Les Apirous refusent de travailler. La construction du temple de Sa Majesté a déjà pris beaucoup trop de retard. Nous allons nous rendre sur place et convaincre ces chiens d’obéir.
- Bien, Seigneur !
Ce qu’Ousethi appréciait le plus chez Madrali, c’était son absence de curiosité.  
En second lieu venait son efficacité. Il eut tôt fait de rassembler ses hommes. Ils se dirigèrent ensuite vers le port, où se trouvaient les Apirous censés décharger le calcaire en provenance de Tourah et le granit rose d’Assouan. Derrière la troupe suivait une litière sur laquelle Ousethi s’était confortablement installé. Près de lui, deux jeunes esclaves nubiennes agitaient de grands éventails en plumes d’autruche. Le maître d’œuvre avait ainsi l’impression d’être, lui aussi, une sorte de petit roi.
Cependant, la détermination qu’il lut dans les yeux des Apirous le désarçonna. Ils ne semblaient pas le moins du monde effrayés par l’arrivée d’une cinquantaine de guerriers armés de lances, d’arcs et d’épées courtes. Au contraire, ils s’attendaient à la venue des soldats. Nombre d’entre eux s’étaient armés de bâtons, de masses et de boomerangs avec lesquels on chassait les oiseaux dans les marais. Les guerriers se rangèrent autour d’Ousethi. Rendu furieux par le désagréable sentiment de peur qui lui noua l’estomac, le contremaître chassa les petites esclaves d’un coup de fouet et s’adressa à une espèce de colosse qui paraissait mener le mouvement.
- Je vous ordonne de reprendre immédiatement le travail ! N’oubliez pas que le Double-Royaume a offert une terre d’asile à vos ancêtres. Est-ce ainsi que vous remerciez les bontés de Pharaon envers vous ?
- Nous faisons le même travail que les autres ! rétorqua le géant. Pourquoi sommes-nous moins bien payés ?
- Parce que vous êtes des étrangers ! s’égosilla Ousethi, hors de lui.
- Mais nous sommes des Égyptiens, Seigneur ! répondit le colosse d’une voix forte. Si nos ancêtres sont venus de la terre de Canaan, tous les hommes que tu vois ici sont nés en Égypte. Certains d’entre nous servent dans le palais de Pharaon, et nombre de nos enfants suivent l’enseignement des Maisons de vie. Les prêtres ne font aucune différence avec les enfants égyptiens. Pourquoi en ferais-tu toi-même ?
- Misérables cloportes ! hurla le maître d’œuvre. Allez-vous enfin m’obéir ?
Pour toute réponse, les Apirous, trois fois plus nombreux que les soldats, se regroupèrent autour de leur chef. Ivre de rage, Ousethi comprit qu’il n’obtiendrait pas gain de cause. Il ne disposait d’aucun moyen de pression sur ces chacals. Il ne pouvait guère tenter de les affamer : ils se contentaient pour vivre de leurs troupeaux et de quelques fèves. Il s’imagina un instant lâcher ses guerriers contre eux, mais ils étaient de taille à se défendre. Ils ne trahissaient aucune peur. Bien au contraire, ils semblaient décidés à en découdre. Il ne pouvait même pas se permettre de les remplacer par d’autres ouvriers : ses effectifs n’étaient pas assez nombreux. Le temps qu’il fasse venir de la main d’œuvre de Mennof-Rê1 ou d’ailleurs, le chantier aurait pris trop de retard. Merihor ne voudrait rien entendre et n’hésiterait alors pas à le chasser. Il fallait donc céder aux exigences de ces rats et aligner leurs salaires sur ceux des Égyptiens. Ousethi pesta intérieurement : ses bénéfices occultes allaient s’en ressentir. Maîtrisant à grand peine le flot de colère qui l’étouffait, il somma le meneur d’approcher. Celui-ci s’avança, suivi par les siens, les mains crispées sur les bâtons.
1. Mennof-Rê : nom égyptien de Memphis.
- Quel est ton nom ? demanda le contremaître d’un ton rogue.
- Ammihoud, Seigneur !
- Es-tu le chef des ouvriers apirous ?
- En vérité, je le suis.
Ousethi laissa passer un long silence, détaillant son interlocuteur du haut de sa litière. Le colosse soutint fièrement son regard.
- Quelle arrogance ! cracha le maître d’oeuvre ! Tu as de la chance que je ne puisse vous remplacer rapidement. Mais je n’oublierai jamais que tu m’as forcé à accepter ton ignoble marché.
Il serra les mâchoires et poursuivit.
- C’est bien. Vous recevrez désormais le même salaire que les paysans égyptiens. Mais attention ! Je veux que vous redoubliez d’efforts afin de rattraper le retard.
Sans attendre de réponse, Ousethi ordonna aux porteurs d’emmener sa litière. Un peu déçu, Madrali fit signe à ses guerriers de le suivre. Puis il s’approcha du maître d’œuvre.
- Pardonne à ton serviteur, Seigneur, mais pourquoi ne m’as-tu pas ordonné de donner une bonne leçon à ces chiens ?
- Patience, mon ami. Un combat contre ces misérables n’aurait rien arrangé. Ils étaient décidés à se battre, et trois fois plus nombreux que vous. Il y aurait eu des morts des deux côtés, et je ne tiens pas à attirer l’attention de Sa Majesté par une affaire de ce genre. Il existe d’autres moyens d’agir. As-tu bien repéré ce géant ?
- Oui, Seigneur !
Ousethi regarda autour de lui et chassa une nouvelle fois les petites Nubiennes. Puis il fit signe à Madrali d’approcher son oreille.
- On dit que les frontières du Sinaï ne sont pas très sûres, et que des bandes de pillards y rôdent. On dit aussi que ces bandits s’aventurent parfois au plus près des cités. Aucune muraille ne protège le quartier des Apirous. Les pillards agissent la nuit. Crois-tu que nous puissions redouter une attaque prochaine ? Une attaque qui me débarrasserait de cet Ammihoud et me permettrait de demander au seigneur Merihor des troupes supplémentaires, afin de... protéger le chantier ?
Madrali hocha la tête. Un rictus de satisfaction dévoila ses dents rares et jaunes.
- Je partage ta crainte, Seigneur ! Il se pourrait bien qu’il se produise bientôt une attaque des pillards du Sinaï.
- Bien entendu, mes fidèles guerriers percevraient une prime supplémentaire.
- Sois-en remercié, Seigneur !

Après la touffeur de la journée, la nuit avait apporté une fraîcheur bienfaisante. Ammihoud était resté un long moment à bavarder avec le vieux chef, l’un des derniers à ne pas être né sur la terre d'Égypte. Akassar n’avait que quelques mois lorsque son père, appartenant à la tribu de Levi, avait suivi Joseph et Jacob. D’autres hommes plus jeunes leur tenaient compagnie.
- Ousethi a fini par céder ! déclara Ammihoud. J’ai craint un moment qu’il n’y eût bataille. Les gardes étaient nombreux et bien armés. Mais nous étions décidés à nous défendre.
- Il est bon que Jaho1 nous aient épargné cette épreuve, répondit Akassar. Nous ne sommes pas de taille à combattre les gardes de Sa Majesté.
1. Jaho (ou Jahu) est l’un des anciens noms donné à Yahveh par les ancêtres des Hébreux travaillant en Égypte, notamment à Eléphantine (Yêb, ou Abou, le pays des Éléphants). C’est pourquoi j’utiliserai plutôt ce nom dans la suite du récit. Vers le quatrième siècle avant J.C., les Hébreux prirent l’habitude de ne plus prononcer ce nom, pour ne pas risquer de l’utiliser de manière abusive.
- Mais les Égyptiens nous traitent comme des esclaves ! reprit un autre du nom d’Abner.
- Ils nous traitent comme les paysans ! rectifia Akassar. Ni mieux, ni moins bien. Nous percevons un salaire, et nous payons l’impôt, comme les Égyptiens eux-mêmes.
- Et ils nous battent lorsque nous ne pouvons pas payer ! insista Abner. Alors que nous sommes des hommes libres ! Libres !
- Les Égyptiens nous méprisent, renchérit un autre nommé Ahimélek. Nos troupeaux les incommodent. Ils ne vénèrent que les vaches et les taureaux.
- Calmez-vous ! reprit Akassar. Les Égyptiens ne nous détestent pas. Le roi Séthi a traité Joseph, fils de Jacob, comme son propre fils. Il a fait de lui son ministre, grâce auquel l'Égypte a pu éviter la famine. Ensuite, il a accepté que la tribu de Jacob trouve refuge ici. Il y a de cela plusieurs générations, et, même si nos relations ne furent pas toujours faciles avec les Égyptiens, ils nous accordent l’hospitalité. Bien plus même, la plupart nous considèrent désormais comme des Égyptiens. Excepté quelques anciens comme moi, vous êtes tous nés dans la Vallée sacrée. Nous avons oublié ce qu’est la famine, et certains d’entre nous travaillent pour Pharaon, quelquefois à des postes très élevés. Les prêtres des Maisons de vie se moquent de l’origine de leurs élèves pourvu qu’ils soient intelligents.
- Et nous avons renié Jaho, rétorqua Abner. Nombre d’entre nous se sont tournés vers les divinités égyptiennes. Des dieux à tête d’animaux. Des vaches, des oiseaux, des crocodiles ! Et ces gens nous traitent comme des sauvages parce que nous élevons des moutons et des chèvres !
- Ils ont offert un sol à nos ancêtres. Il est juste que nous respections leurs dieux.
- Alors, ne t’étonne pas que Jaho nous ait abandonnés ! répliqua Ahimélek.
Sans attendre de réponse, il quitta la demeure d’Akassar, suivi par une poignée de jeunes hommes excités. Akassar soupira :
- Je ne peux leur tenir rigueur de leur emportement. À leur âge, j’aurais sans doute réagi de la même manière.
- D’autant qu’ils n’ont pas vraiment tort, répondit Ammihoud. Les temps ont changé depuis l’époque de Joseph et du bon roi Séthi. Les Égyptiens se montrent moins hospitaliers. Cet Ousethi prend plaisir à nous humilier.
Le vieil homme laissa passer un silence.
- Aujourd’hui, reprit-il, c’est toi qui l’a humilié, Ammihoud. Ne l’oublie pas. Il a perdu la face devant ses guerriers. Il a cédé uniquement parce qu’il n’avait pas d’autres ouvriers pour vous remplacer. Alors, méfie-toi de lui. Cet homme est fourbe, et je doute qu’il oublie si facilement l’affront que tu lui as fait subir.
- Je n’ai fait que demander à être considéré comme un véritable Égyptien.
Le colosse serra les poings.
- Ce porc nous a traités comme des étrangers.
- C’est malheureusement notre condition, Ammihoud. Nous sommes des hommes libres, mais sans terre. Ce pays ne nous appartient pas.
- Peut-être pourrions-nous retourner en Canaan, suggéra Amram, un homme encore jeune, dont l’épouse, Jokébed, attendait un enfant.
- Canaan, le pays que Dieu donna à notre ancêtre Abraham... dit rêveusement Akassar.
- Cette histoire de don est une légende, répondit Ammihoud. Ici, au contact des Égyptiens, nous avons un peu oublié le dieu de nos pères. Et lui aussi nous a oubliés. La tradition affirme qu’il avait coutume de se manifester à nos ancêtres. Depuis mes plus jeunes années, je n’ai guère constaté sa présence.
- Mais le Seigneur existe, Ammihoud ! rétorqua Amram. Et Canaan existe aussi. Les voyageurs nous en parlent. Je suis sûr que nous devrions repartir là-bas !
- Qui nous y conduirait ? répondit Ammihoud. Qui parmi vous, les anciens, sait encore où il est situé ?
- Ammihoud a raison, Amram, renchérit Akassar. Aujourd’hui, ceux qui sont nés là-bas sont devenus des vieillards qui ne conservent aucun souvenir de ce pays mythique. Nous ignorons où il se trouve. Y retourner nécessiterait une expédition longue et dangereuse. Ceux qui vivent à Canaan à présent nous considéreraient comme des étrangers et nous combattraient. Je ne suis pas sûr que les Apirous accepteraient de quitter le Double-Royaume pour se lancer dans une telle aventure.
- Alors, serons-nous toujours des étrangers partout dans ce monde ? grommela Amram.
Akassar soupira :
- Autrefois, nous étions nomades. Nous suivions l’errance de nos troupeaux, et nous nous soucions peu de construire des villes. Nous ne cultivions pas la terre. Mais ici, au contact des Égyptiens, nous avons appris à le faire, et le désir est apparu en nous de posséder une terre sur laquelle nous pourrions bâtir nos propres cités. Mais ce n’est qu’un rêve. Tout comme la Terre de Canaan.

Un peu plus tard, Ammihoud regagna sa masure, situé à l’extrémité sud du village. Lorsqu’il tira la couverture en poils de chèvre qui masquait l’entrée, il constata que son épouse Ephira dormait déjà, de même que ses quatre enfants, écroulés par la chaleur sur les tapis. Il s’allongea près de sa femme. Épuisé par sa journée de travail, il ne fut pas long à trouver le sommeil.
Pour ne plus jamais se réveiller.

A SUIVRE...

 
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