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PETITS PLUS ET ANECDOTES SUR…
PHENIX


Phénix est mon premier roman publié.

L’idée de ce roman m’est venue il y a très longtemps en regardant un film : Les Mariés de L’An II. Dans ce film, Jean-Paul Rappeneau mettait en scène un couple de Chouans, le marquis de Guérande et sa sœur Pauline, joués par Samy Frey et Laura Antonelli. Les relations ambiguës entre le frère et la sœur m’ont intrigué. On devinait que l’amour qui les unissait n’était pas uniquement fraternel, mais quelque peu incestueux, bien que le film ne montrât aucune scène scabreuse. Tout était suggéré et c’est ce qui a attiré mon attention et excité mon imagination.
Partant de cette idée, et étant un passionné d’histoire, j’avais l’intention de raconter une histoire d’amour passionnelle entre un frère et une sœur, l’action se situant au XVIIIe siècle, ce qui m’aurait permis d’utiliser le beau langage de cette époque. Mais ce genre de roman avait pour moi un énorme inconvénient : il devait mal se terminer, comme tous les romans traitant de ce sujet (politiquement correct oblige !) Ce qui ne correspondait pas à ma nature plutôt optimiste. C’est pourquoi j’ai eu l’idée de transposer l’histoire dans un décor fantastique : un futur lointain où j’ai pu recréer une nouvelle civilisation reconstruite sur les ruines de la nôtre. Cela me permettait au passage de dénoncer les aberrations de notre époque – je n’avais que l’embarras du choix !
Il m’a fallu cinq ans de travail pour rédiger Phénix. À cette époque, je n’envisageais même pas qu’il puisse un jour être publié. J’ai toujours écrit pour le plaisir, en considérant que le monde des écrivains était un milieu inaccessible dans lequel je n’avais pas ma place. Ce qui ne me chagrinait pas outre mesure. Pour moi, l’important était de m’évader par le moyen de l’écriture.
Et puis, dans le courant de l’année 1984 – peut-être celle de George Orwell –, le destin se manifesta d’une manière curieuse. À cette époque, je possédais un petit appartement de vacances en Normandie, que je louais par l’intermédiaire d’une agence située rue des Acacias, à Paris, dans le 17ème arrondissement. Lorsque je me rendais dans cette agence, j’empruntais toujours l’avenue de la Grande armée. Mais ce jour-là, j’ai décidé de passer par la petite rue de l’Arc de Triomphe, qui remonte indirectement vers l’Etoile. Comme ça, sur un coup de tête. Nos vies comportent parfois des instants précis, des nœuds du destin. Car c’est dans la rue de l’Arc de Triomphe que se trouvait une petite librairie spécialisée dans la littérature fantastique tenue par Annick Béguin. Bien entendu, je suis entré et nous avons bavardé un bon moment. J’ai fini par lui avouer que j’écrivais un peu moi-même, et que je venais de terminer un manuscrit intitulé Phénix. Imprudemment, elle m’a dit : « ah, est-ce que je pourrais le lire ? »
Deux jours plus tard, la pauvre Annick était en possession d’un énorme manuscrit de pas loin de 900 pages, qu’elle a vu arriver avec des yeux ronds et en se demandant dans quelle galère elle était allée se fourrer !
Huit jours plus tard, elle m’appelait chez moi pour me faire part de ses critiques. Globalement, il fallait que je revois ma copie, mais elle était très enthousiaste, sans pour autant me ménager ses remarques au sujet de certaines maladresses.
J’ai revu ma copie. Puis Annick l’a fait lire à Julia Verlanger. Julia écrivait au Fleuve Noir sous le nom de Gilles Thomas, un nom bien masculin derrière lequel se cachait une femme. Pour la simple raison que les éditeurs considéraient qu’une dame était parfaitement incapable d’écrire de la science-fiction et qu’un nom féminin aurait dérouté leurs lecteurs. Encore un exemple flagrant de l’imbécillité du machisme.
J’ai donc rendu visite à Julia dans son appartement d’Épinay, où elle m’a gentiment invité à dîner en compagnie de son mari. Ce fut une soirée hors du temps, à bavarder de romans fantastiques, d’auteurs de science-fiction, d’un monde qui m’était parfaitement inconnu et toujours aussi inaccessible, mais dont elle m’entrouvrait les portes...
Ce fut également la seule fois que je rencontrai Julia. Comme elle le disait elle-même, elle avait une bombe à retardement sous le crâne. Malheureusement, ce n’était pas de la science-fiction. Elle est partie pour les étoiles quelques mois plus tard.
Phénix était publiable, c’était une chose. Mais quel éditeur oserait se lancer dans une telle aventure : un roman fantastique d’un million et demi de signes, écrit par un Français ? Les éditeurs de cette époque préféraient publier les auteurs américains du genre. Les Français étant bien entendu incapables d’écrire de la bonne SF.
J’ai quand même tenté ma chance. Et finalement, la publication de Phénix n’a pas représenté un parcours du combattant. Je l’ai d’abord proposé chez Robert Laffont, dans la collection Ailleurs et Demain dirigée par Gérard Klein. Parce que je l’avais maladroitement imprimé recto-verso, il n’a pas été lu. Je l’ai ensuite proposé à Denoël. Il a été accepté par le comité de lecture, mais considéré ensuite trop volumineux pour la collection Présence du Futur.
En désespoir de cause, je me suis rendu rue Garancière, au siège des éditions des Presses de la Cité. Avec mon manuscrit sous le bras. Celui-ci, imprimé en recto, représentait deux classeurs dos 8 cm. L’hôtesse d’accueil m’a vu arriver avec circonspection. Quand je lui ai dit naïvement qu’il s’agissait d’un roman de science-fiction, elle m’a dit :
— Ne vous faites pas d’illusions ! On ne vous le prendra jamais ; ce n’est même pas la peine de le déposer. On en reçoit trop.
Et elle a ajouté sans rire :
— Si encore vous étiez américain !
Là, je me suis fâché tout rouge. Je peux comprendre que l’on refuse un manuscrit après lecture. Mais certainement pas avant, et sous le prétexte que je ne suis pas américain. Nous étions en France, que diable ! Alors, elle m’a conseillé de m’adresser aux Editions du Rocher, en précisant qu’ils étaient un peu plus ouverts d’esprit que les autres. Le Rocher faisait alors partie du groupe des Presses de la Cité. Je me suis donc rendu dans leurs locaux, où la secrétaire m’a fait remarquer qu’elle n’avait pas besoin de deux exemplaires. Quand je lui ai dit qu’il n’y en avait qu’un seul en deux classeurs, elle m’a lancé un regard effaré, et je suis reparti avec une absence totale d’illusions, le moral dans les godasses, et une bonne dose de résignation. C’est comme ça qu’on apprend à devenir philosophe.
Cela se passait au mois de juillet 1985. Au début septembre, alors que j’ai été en plein travail, j’ai reçu un appel d’un certain Jean-Paul Bertrand, qui me parlait romans, science-fiction, littérature, à moi qui étais plongé dans l’informatique. J’avais totalement oublié le dépôt du manuscrit, et il m’a fallu une bonne demi-minute pour comprendre que ce n’était pas un client que j’avais au téléphone, mais bien un éditeur en personne.
Et un éditeur qui me disait qu’il voulait publier mon roman PHENIX. Il me serait difficile d’exprimer par des mots l’émotion que j’ai éprouvée à ce moment-là. C’était un événement auquel je ne m’attendais pas et auquel je ne croyais absolument plus, compte tenu de la taille du bébé et de mon identité « hélas » française. Mais Jean-Paul Bertrand aimait relever les défis.
Pour la petite anecdote, la première personne à avoir lu Phénix fut sa fille Alexandra, qui devait avoir 12 ou 13 ans à l’époque. Elle y a passé deux nuits blanches et elle est revenue vers son père en disant : « papa, il faut absolument que tu publies ce truc-là ! »
Jean-Paul l’a fait. Et ce fut le début d’une aventure extraordinaire. Par la suite, j’ai travaillé avec d’autres éditeurs, mais je tiens à rendre hommage à Jean-Paul Bertrand, qui nous a quittés il y a plus de trois ans, pour avoir pris le risque d’éditer un parfait inconnu dans un genre que nombre d’éditeurs considéraient comme mineur et plutôt réservé à la jeunesse. Ils ont oublié que les premiers récits antiques étaient des histoires fantastiques (l’épopée de Gilgamesh, l’Illiade, l’Odyssée, le voyage des Argonautes) et qu’ils ont marqué notre imaginaire et notre civilisation.

PHENIX fut récompensé en 1987 par deux prix : le prix COSMOS 2000, remis par Annick Béguin. Et le prix JULIA VERLANGER, remis par son mari, Jean-Pierre Taïeb, qui avait institué ce prix en sa mémoire.

PHENIX compte deux suites, GRAAL et LA MALEDICTION DE LA LICORNE, ainsi qu’un prequel, LA VALLEE DES NEUF CITES.
Un dernier tome est prévu, qui expliquera ce qui s’est passé en ce fameux Jour du Soleil, qui vit l’effondrement de notre civilisation (si on peut appeler ça comme ça !) Mais je ne sais pas encore quand je vais trouver le temps de l’écrire. Patience…

PHENIX ne m’a pas seulement permis de mettre un pied dans l’édition. Il m’a aussi apporté une vie différente, gratifiante, embellie par l’amitié d’innombrables personnes, lecteurs ou collègues écrivains, de science-fiction ou non, d’autres éditeurs, attachées de presse, correctrices et autres.

Mais je garde une place à part pour la première personne qui a cru en moi, Annick Béguin, avec qui j’ai noué une très grande amitié et qui reste bien à sa place dans ma mémoire et mon affection, bien qu’elle ait quitté cette Terre un peu avant la fin du dernier millénaire.

Une dernière anecdote sur PHENIX, et non la moindre. L’héroïne porte le prénom inventé de Solyane. Ce prénom a tellement plu à certains de mes lecteurs qu’ils l’ont donné à leur petite fille. C’est ainsi que, à la fin 2011, il y avait plus de 115 petites Solyane en France (certaines s’écrivent avec un i au lieu du y). Il doit y en avoir plus aujourd’hui. J’en connais quelques-unes, et je reçois encore régulièrement des faire-part de naissance et des photos au nom de nouvelles petites Solyane.
Je les embrasse toutes.

 
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