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LE CREPUSCULE DES GEANTS
EXTRAITS


EXTRAIT N°1
— Il paraît que tu désires nous voir, étranger. Que nous veux-tu ?
Astyan les invita à prendre place. Ils hésitèrent, puis obéirent. On savait la manière dont il s'était débarrassé de Marasthos; il valait sans doute mieux ne pas contrarier un tel personnage, qui les dépassait tous de deux têtes. Et puis, on ne refusait pas une chope de bière.
Astyan dévisagea ses interlocuteurs l'un après l'autre. Leurs visages griffés par le soleil et les éléments racontaient qu'ils avaient beaucoup voyagé. Certains arboraient des cicatrices sur les bras, des balafres sur les joues, que décoraient des tatouages. Diekaard expliqua qu'il était coutume de mettre ainsi en valeur les blessures reçues au combat. L'un d'eux portait un bandeau sur l'œil. Leurs vêtements de cuir teint, parfois décorés de motifs grossiers, empestaient la transpiration et la saleté. Astyan fit remplir leurs gobelets puis déclara:
— Je sais que vous êtes tous des hommes de valeur, et que vous connaissez bien l'Océan. Je voudrais savoir si, au cours de vos voyages, vous avez entendu parler d'un archipel, situé loin vers l'ouest, que l'on nomme l'Atlantide.
Stupéfaits, les navigateurs s'entre-dévisagèrent. L'homme au bandeau rota, puis s'essuya la bouche.
— Personne ne connaît ce lieu, étranger. Vers le couchant, il n'y a rien que l'Océan. C'est le royaume des dieux maudits, que Yawehah combattit voici bien longtemps, et qu'il engloutit dans un gouffre sans fond où se jettent les eaux de la Grande Mer.
Un homme pourvu d'une large balafre ornée d'un tatouage intervint:
— C'est ce qu'affirme la tradition. Pourtant certains prétendent qu'il existerait des îles là-bas, situées juste avant le grand gouffre. Elles seraient tout ce qui reste de l'empire des dieux maudits.
— D'où tiens-tu cette histoire ? demanda Astyan d'une voix sourde.
— On dit qu'autrefois, il y a bien longtemps, les anciens ont entrepris un voyage vers le couchant. Ils auraient découvert des îles montagneuses désolées, peuplées par des populations de sauvages dégénérés. La légende dit que là-bas des vents mystérieux soufflent en permanence, et frappent de folie ceux qui s'y exposent trop longtemps.
Le borgne grommela:
— Tout ça, c'est des menteries de vieux. Aucun marin sensé n'oserait aller aussi loin.
Le balafré insista:
— Moi, je suis sûr que les anciens l'ont fait. Et qu'ils ont découvert ces îles.
Le borgne riposta:
— Elles n'existent pas, tes îles. Au-delà d'une certaine limite, on rencontre des tempêtes terrifiantes et des monstres gigantesques. Personne ne peut s'y rendre.
Ses yeux s'agrandirent d'effroi tandis qu'il poursuivait, à l'attention d'Astyan:
— N'as-tu jamais entendu parler de Najhyrogh, le grand serpent de l'Océan ? Il surgit du cœur des eaux profondes au moment où on s'y attend le moins. Sa gueule est si grande qu'il peut broyer un bateau de pêche d'un seul coup de mâchoire.
— Un tel monstre ne peut exister, rétorqua Astyan.
Un vieux bonhomme intervint d'une voix pâteuse, pointant un index incertain sur le Titan.
— Si! Il existe. Je l'ai vu.
— Et il t'a laissé en vie...
— Il était loin de mon navire. Mais j'ai bien aperçu les trois énormes ondulations que faisaient ses anneaux. Et je ne suis pas le seul: tous les hommes de mon équipage l'ont vu également.
— Et les edrynnes ? clama un autre. Des oiseaux gigantesques, dont la tête rappelle celle d'un homme, mais pourvue d'un bec. On dit qu'ils sont capables de déchiqueter un bœuf.
— Et les satyres ? Des êtres de cauchemar, mi-hommes mi-boucs. Ils vivent sur une île située à l'ouest de Thagranne, la plus grande cité du continent méridional.
Astyan frémit. Les dernières créatures décrites par les marins rappelaient trop les monstres créés par les savants de la ligue des Serpents. Il avait lui-même affronté ces hommes-boucs, envoyés par Ophius pour conquérir l'Atlantide. Mais ces êtres n'avaient qu'une durée de vie limitée. Devait-il en conclure que les Géants avaient poursuivi leurs sinistres manipulations génétiques après sa propre disparition ? Certains de ces êtres démoniaques avaient-ils survécu, et engendré de nouvelles générations ?
Un marin dont le visage s'ornait d'une barbe épaisse et grisonnante, dont la voix claire confirmait qu'il n'avait pas abusé de la boisson, déclara:
— Mon nom est Moordrahn, Seigneur. Tes marins m'ont parlé de ton projet. C'est de la folie. Tu recherches un monde fantôme. Il n'y a rien dans l'Océan lointain. Je n'ai pas rencontré ces monstres dont mes amis ont parlé, mais je sais qu'il ne s'agit pas d'une légende. La Grande Mer occidentale est sans fin. Peut-être ne se termine-t-elle pas au bord d'un gouffre infernal comme on l'affirme – au fond, personne n'a jamais vu ce gouffre – mais aucun homme raisonnable n'acceptera de te suivre dans ton entreprise. Tu y perdras la vie, et celle de ton équipage.
Les autres l'approuvèrent. Astyan n'insista pas. Il avait espéré rencontrer ici des marins ayant poussé plus loin que les Thuléens, mais cette légende d'un Océan infini contraignait les navigateurs à demeurer dans les eaux qu'ils connaissaient. Changeant de sujet, il demanda:
— A-t-il existé ici, sur ces côtes, une ville du nom de Thartesse ?
— Non, Seigneur. En dehors de Leoness, il n'y a que quelques petits villages de pêcheurs sur ces rivages. Et pas un ne répond au nom que tu dis.
Le balafré reprit la parole.
— Pourtant certaines légendes prétendent qu'il y a très longtemps, des villes se sont dressées vers le nord.
— Encore des racontars de vieille femme, Xhartis. Nous connaissons tous ces côtes par cœur, et nulle part nous n'avons jamais trouvé trace de ces villes fantômes. Si elles ont existé, ce ne peut être qu'à l'époque des dieux maudits.
— Que sais-tu de ces dieux maudits, Moordrahn ?
— On dit que jadis, des divinités mauvaises vivaient parmi les hommes. Mais un jour, Yawehah déchaîna sa colère sur elles, provoquant un cataclysme épouvantable. La légende affirme qu'il engloutit le royaume des dieux maudits en un jour et une nuit. Les ténèbres se répandirent alors sur le monde; les eaux du ciel se mirent à tomber pendant des années, et finirent par recouvrir les villes bâties par les hommes de cette époque. Les côtes furent submergées par des raz de marée gigantesques, qui détruisirent toute trace de ces cités orgueilleuses.
"Cependant Yawehah, dans sa grande clémence, intervint pour sauver les hommes justes. Il leur ordonna de fabriquer des navires à la coque enduite de bitume. Ils devaient emporter avec eux de la nourriture pour très longtemps, ainsi que des couples de tous les animaux, afin qu'ils se reproduisent et perpétuent leurs espèces. Ces navires errèrent pendant plusieurs lunes avant que le niveau des eaux ne commençât à baisser. Puis un jour des côtes apparurent. Alors les navires ont abordé, et les navigateurs ont fondé une cité. Ces gens étaient nos ancêtres. Car nous descendons d'un peuple qui autrefois vécut avec les dieux dans leur royaume. On prétend que notre ville porte le même nom que ce royaume."
Une émotion intense envahit Astyan. L'une des sept îles atlantes s'appelait Lyonesse; se pouvait-il que les Leonessiens descendissent des Atlantes ?

EXTRAIT N°2
Soudain son attention fut attirée par un bruit insolite de l'autre côté du Galea'ch. Ils se penchèrent par-dessus le bastingage. Agrippée à un filin, une petite forme humaine se débattait dans l'eau avec l'énergie du désespoir. C'était la fillette dont Astyan avait pris la défense.
— Par les dieux! Nous avons une autre visite, Diekaard.
La petite les contemplait avec des yeux emplis d'un mélange d'effroi et d'espoir.
— C'est peut-être elle qu'ils recherchent, suggéra le Thuléen.
— J'en doute. Marasthos n'aurait pas mobilisé autant d'hommes pour une gamine. Aide-moi! Nous ne pouvons pas la laisser comme ça.
Ils tirèrent sur le cordage et hissèrent la fillette à bord. Elle se laissa faire, grelottant de froid. Astyan l'enveloppa dans une couverture et l'emmena dans la cabine pour la réchauffer. Elle tenait toujours son petit couteau de silex dans la main, comme une protection dérisoire. On eût dit un chaton sauvage prêt à griffer, mais qui recherchait néanmoins une protection dans un monde hostile.
— Tu peux poser ton arme, petite, dit le Titan avec douceur. Nous ne te ferons aucun mal. Dis-nous ce qui t'est arrivé.
Diekaard traduisit. La gamine se mit à parler avec volubilité et détermination. Le capitaine thuléen faillit plusieurs fois s'étouffer de rire devant le langage véhément et imagé de la petite.
— Eh bien, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle n'a pas sa langue dans sa poche. D'après ce que j'ai cru comprendre, elle s'appelle Sikky la Crevette. Elle vient des Fravennes. Aujourd'hui, Marasthos a voulu s'emparer d'elle pour la prostituer auprès des marins. Mais elle affirme que son... son cul n'appartient qu'à elle, et que personne n'a le droit d'y toucher. Alors elle s'est enfuie et s'est cachée sur le port pendant la journée, mais Marasthos en personne s'est lancé à sa recherche. Elle dit qu'elle aurait voulu être assez grande pour lui couper les... les couilles et les lui faire bouffer. Et puis tu es intervenu, et tu as pris sa défense. Alors elle est venue se réfugier ici, parce qu'elle t'avait vu descendre du bateau ce matin. Elle dit que tu es un homme bon et que tu la protégeras. Elle dit aussi qu'elle a faim.
Astyan éclata de rire devant la mine stupéfaite de son ami. La petite, essoufflée par sa longue diatribe, les contemplait avec des yeux confiants. Sa frimousse, sur laquelle tombaient d'abondantes boucles brunes en désordre, séduisit le Titan. Il tendit une galette accompagnée d'un poisson fumé à la gamine, qui s'en empara avec un grand sourire de satisfaction. Tandis qu'elle mordait dans la nourriture avec un appétit féroce, Diekaard demanda:
— Qu'allons-nous faire de cette fille ? On ne peut tout de même pas la garder ici...
— Pourquoi pas ? Tu ne voudrais pas la rendre à ses bourreaux, je suppose ?
— Non, bien sûr.
— Alors elle restera sous notre protection. Cette petite peut nous être utile; elle doit connaître la ville comme sa poche.
Après s'être rassasiée, la fillette se blottit sur une couverture, au pied de la couchette d'Astyan, et s'endormit instantanément. Le Titan la contempla avec tendresse. La compagnie des enfants lui manquait; à Poséidonia, le palais des Orchidées retentissait de leurs cris et de leurs rires. Cette petite Sikky n'avait certainement plus de famille capable de la défendre. Son langage cru et sa fierté lui plaisaient, et son regard lui rappelait tant celui de sa fille Schoenée...

EXTRAIT N°3
Le Titan crut qu'il avait mal compris.
— Comment cela, arrêter le chantier ?
— Le phareïs exige que les ouvriers cessent le travail immédiatement et que le chantier soit placé sous contrôle de la garde.
Une bouffée de colère envahit Astyan, qu'il parvint à calmer au prix d'un effort violent.
— Mais pourquoi ? demanda-t-il d'une voix blanche. Je possède la somme nécessaire à la construction de mon navire, et les taxes royales ont été dûment versées.
Furieux de la réaction de cet individu qui osait discuter les désirs du dieu-roi, Tyffos s'égosilla:
— Telle est la volonté du phareïs. J'ordonne que tous les ouvriers quittent ce lieu sur-le-champ. Tous ceux qui ne se plieront pas à cet ordre seront mis à mort.
Il y eut un instant de flottement, puis les artisans commencèrent à s'en aller, sous l'œil vigilant des guerriers en noir, qui avaient armé leurs arcs. Astyan faillit exploser. Plus que jamais il regrettait d'avoir perdu ses pouvoirs. Il aurait pris grand plaisir à infliger une leçon cuisante à ce gros poussah imbu de son autorité. Mais la vie de ses ouvriers était en jeu. Il jeta un regard noir au dénommé Tyffos et fit signe à Jossem de le rejoindre chez lui. Le gros homme le regarda partir avec une lueur de triomphe dans les yeux: il adorait exercer son pouvoir, surtout lorsqu'il s'agissait de ces maudits étrangers qu'il haïssait. S'il n'avait tenu qu'à lui, il les aurait tous exterminés.

Quelques instants plus tard, Astyan, Jossem, Diekaard et Phernaïm se réunissaient dans la grande salle.
— Ce type est un gros sac de merde! déclara tout à coup la petite voix de Sikky, qui les avait suivis. T'inquiète pas, Astyan, on va le construire quand même, ton bateau.
Le ton véhément de la fillette calma quelque peu le Titan. Il fit quelques pas, d'une démarche nerveuse.
— Explique-moi ce qui se passe! gronda-t-il à l'adresse de Jossem.
— Je n'ai pas compris moi-même, Seigneur. Toute mise en chantier doit être acceptée par le phareïs et par le maître de la Marine, Hayorq. Or celui-ci estime que l'Arkas ne peut pas naviguer.
— C'est ridicule! explosa-t-il. Que connaît-il à la navigation ?
— Calme-toi, Seigneur. Hayorq ignore tout de la construction d'un vaisseau, mais il a la haute main sur tout ce qui concerne la navigation. Il est tout-puissant. Il prétend qu'une telle expédition risque d'attirer la colère de Yawehah sur Leoness. Il a convaincu le grand-prêtre Faerkos de s'opposer à la construction d'un navire destiné à explorer la Grande Mer.
— Cela n'a pas de sens!
— C'est possible, Seigneur, mais il a obtenu gain de cause auprès du phareïs lui-même.
— Et Basérès a refusé de donner son accord pour la mise en chantier ?
— Pas exactement, Seigneur. Hayorq exige, afin d'apaiser la colère de Yawehah, une somme équivalente à celle du navire, soit trente mille sphernes!
Astyan fixa le vieux bonhomme dans les yeux.
— Est-ce là une de tes manœuvres pour m'extorquer encore plus d'argent, Jossem ?
— Non, Seigneur. Sur ma vie, ce n'est pas cela. Je... je suis même prêt à t'abandonner ma commission sur la construction si cela peut t'aider. Mais je doute qu'elle te soit utile. Hayorq s'est montré inflexible.
— C'est une monstrueuse escroquerie! explosa le Titan. Il est hors de question que je verse une telle somme.
Phernaïm était abasourdi.
— C'est la première fois que cela se produit. D'ordinaire, la taxe royale représente un dixième de la valeur du bateau.
— Je dois rencontrer ce Hayorq, déclara vivement Astyan. Il me doit une explication.
— Pour cela, je peux te la donner, Seigneur, dit Jossem. Il sait que tu possèdes une certaine fortune. Il désire s'en approprier une partie.
— C'est ignoble. J'ai évalué la somme dont je dispose à soixante mille sphernes. Si je paye cette taxe exorbitante, il ne me restera rien pour payer le salaire de mes marins.
Jossem soupira:
— Que crois-tu qu'il advienne de l'argent que je prends à mes clients ? Les nobles en prélèvent plus de la moitié.
— Il faut que je voie cet individu, insista Astyan. Il doit être possible de trouver un arrangement.
— Il refusera de te recevoir, Seigneur. Hayorq, comme le phareïs, vit dans l'enceinte sacrée de la Shrinta. Nul ne peut y pénétrer sans y avoir été convié. Les gardes royaux te massacreraient.
— Est-ce donc ainsi que l'on traite les étrangers à Leoness ?
— Les Thuléens sont tolérés dans le royaume, parce qu'ils nous apportent des marchandises que nous ne pouvons nous procurer autrement. Pour le phareïs, Thulea n'est qu'une petite bourgade perdu dans le Nord, avec laquelle nous entretenons des relations commerciales. Mais ses habitants sont considérés comme des hérétiques, parce qu'ils ne partagent pas notre croyance dans le vrai dieu, Yawehah. Tu n'y peux rien.
Astyan serra les dents.
— Si je comprends bien, il ne me reste plus qu'à payer si je veux mettre mon navire en chantier.
— Exactement.
— Dis-moi, ce Hayorq est bien renseigné sur la fortune dont je dispose...
— J'ai été obligé de lui fournir des informations. Le connaissant, j'ai même sous-évalué le prix de ton navire. Mais il a fait prendre des renseignements par ses espions.
Astyan laissa exploser sa colère.
— Par les dieux, cette ville est un repaire de voleurs, mais je ne me laisserai pas faire.
Il saisit Jossem par le revers.
— Ecoute-moi bien, vieux brigand! Tu vas retourner voir cette grosse larve de Tyffos et insister pour qu'il m'obtienne une entrevue avec ce... Grand-Maître de la Marine qui ne connaît rien aux navires.
— J'essaierai, Seigneur. Mais je doute d'y parvenir. Il t'a fait connaître les désirs de Hayorq; il n'acceptera jamais que l'on discute les décisions d'un noble de haut rang.
— Il a raison, intervint Phernaïm. Ne t'en prends pas à Jossem, Seigneur. Comme moi, il n'est qu'un plévéien. Nous ne sommes rien par rapport à ceux de la Shrinta. Ils ont droit de vie et de mort sur nous.
— Comment cela ?
— Ici, tu n'es pas à Thulea. Si Jossem insiste trop, il risque de provoquer la colère des nobles. Un simple caprice de leur part peut lui coûter la vie.
— Désires-tu ma mort, Seigneur ? demanda le vieil homme en gémissant. Ce que vient de te dire Phernaïm est vrai. Les nobles de la Shrinta sont d'une autre essence que nous.
— Nul être humain n'est supérieur aux autres! rugit le Titan.
Puis il se tut, prenant conscience du sens dérisoire de ses paroles, dans un monde où existait une telle différence de classes. Il aurait dû s'en douter en découvrant la misère des habitants de la Ville-Basse et des Fravennes. Ici, les riches écrasaient les pauvres en les pressurant de taxes et d'impôts, en s'appuyant sur une religion monstrueuse et sur une armée puissante. L'écœurement l'envahit, renforcé par un sentiment nouveau: pour la première fois de sa longue vie, Astyan éprouvait la sensation amère d'être impuissant face à l'injustice, parce qu'il ne possédait plus la force suffisante pour faire valoir ses droits. Un sentiment qui habitait les autres depuis toujours, à tel point qu'ils l'acceptaient avec fatalisme. Il prit les mains de Jossem dans les siennes.
— Pardonne-moi, mon ami. Je sais que tu as fait tout ce qui était en ton pouvoir. Mais, dans le royaume d'où je viens, on avait une autre conception du rôle de prince.
Il crispa les mâchoires et ajouta:
— Tu vas dire à ce porc immonde de Tyffos que je n'ai pas les moyens de payer une telle taxe. J'abandonne la construction de l'Arkas.


 
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